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DANS LA VAGUE

20

N° 2 / 2015

i le Québec s’amusait à établir un

palmarès de son patrimoine na-

tional, ce ne sont peut-être pas

le sirop d’érable, les chemises

de bûcherons ni Céline Dion qui

trôneraient sur le podium. Non,

ce serait un style, une révolution,

une marque et tous les super-

latifs extatiques réunis sous un

même chapiteau : le Cirque du Soleil. Quiconque a déjà vu

un de leurs spectacles (soit la bagatelle de 155 millions de

personnes) sait de quoi il retourne : de la poésie alliée aux

prouesses physiques, des défis techniques qui en mettent

plein les mirettes, des musiques originales et jouées live, le

tout dans un décorum XXL le plus souvent à 360°. Les récits

sont naïfs voire tartignolles ? Peu importe, tout est plus haut,

plus grand, plus fort. Un rouleau compresseur. Peut-être

too

much

mais d’une redoutable efficacité. Ne chipotons pas, les

faits sont là : le Cirque du Soleil (CDS) est aujourd’hui la plus

grande entreprise privée de spectacles vivants du monde.

Et dire que tout a commencé sur des échasses... Les poches

vides mais des idées plein la tête.

Au début des années 80, un jeune accordéoniste et cracheur

de feu rejoint une troupe de théâtre de rue, les Échassiers de

Baie-Saint-Paul, du nom d’un charmant petit village posé

sur les rives du Saint-Laurent, à l’est de Québec. Son nom

semble prédestiné : Guy Laliberté. Ensemble, ils créent un

festival d’arts forains, sillonnent les routes et rencontrent un

joli succès local qui n’empêche pas la troupe d’être défici-

S

taire. 1984 se profile à l’horizon : c’est le 450

e

anniversaire de

la découverte du Canada par Jacques Cartier.

Sentant que l’occasion ne se représentera pas de sitôt, Lali-

berté va toquer à la porte duministre des Affaires culturelles

de l’époque. On ne l’écoute pas. Même pas peur : il ouvre

celle du Premier ministre qui accepte de lui verser une sub-

vention pour son spectacle. Ne reste plus qu’à trouver un

nom... Guy Laliberté aimant se ressourcer à Hawaï en obser-

vant le coucher du soleil sur la mer, le nom est vite trouvé.

En 84,

Le Grand tour du Cirque du Soleil

, leur premier spec-

tacle, se distingue de la production de l’époque : pas de piste,

pas d’animaux mais du théâtre, de la danse et un groupe de

musique live. Succès immédiat mais limité pour Laliberté qui

voit grand et loin. Les voilà qui partent en roulotte jusqu’à

Los Angeles. En quelques semaines, tout le gratin d’Hol-

lywood s’y précipite. Sans les contraintes liées aux animaux,

ils peuvent s’installer au cœur des villes. À Washington, ils

jouent devant le Capitole ! Le succès s’accroît. La suite, vous

la connaissez.

Aujourd’hui, le CDS compte plus de 4000 salariés qui as-

surent une vingtaine de spectacles simultanément aux

quatre coins du globe. Certains sont en tournée, d’autres

fixes et permanents comme à Las Vegas qui n’en compte pas

moins de sept (dont un interdit aux mineurs). Depuis 1992, le

CDS ne reçoit plus aucune subvention et revendique une au-

tonomie financière. Marchandising tous azimuts, éditions

musicales (sous leur propre label), événementiels divers

et variés (Madonna à la mi-temps du Super Bowl en 2012,

performances aux Oscars, aux Grammy Awards, à l’Euro-

vision...) abreuvent les comptes et les

spectacles continuent de faire le tour

du monde en long, en large et en tra-

vers. La grosse entreprise ne connaît

– pas encore – la crise et diversifie ses

activités, au risque parfois d’affadir

son identité et de s’éloigner de ses ra-

cines circassiennes.

Il est en revanche une chose que Lali-

berté n’a jamais perdue de vue : le rêve,

la créativité et les valeurs essentielles

de sa jeunesse. Se voulant « cirque

citoyen », le CDS intervient dans les

communautés les plus défavorisées

d’une vingtaine de pays à travers le

programme Cirque du Monde et re-

vendique une responsabilité sociale

au sein de la société. À titre personnel,

Laliberté a également créé la Fonda-

tion One Drop en 2007 qui vise à assu-

rer un accès à l’eau potable aux popu-

lations les plus démunies.

Un drôle de bonhomme que ce Guy

Laliberté. Devenu millionnaire, c’est

un philanthrope avéré qui sait aussi

en garder sous le coude pour ses plai-

Le Cirque

du Soleil

Créé avec une poignée de dollars dans la banlieue

de Québec, le Cirque du Soleil s’est imposé

comme un fleuron mondial du showbusiness.

Retour sur une ascension peu commune portée

par un homme dont les rêves n’ont jamais eu de

limites, Guy Laliberté.

Par Charlotte Lipinska ¬

CHRONIQUE THÉÂTRE