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DANS LA VAGUE

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N° 2 / 2015

De battre son cœur a

continué

Si c’était un tableau, ce serait

une immense fresque de per-

sonnages s’ébrouant dans l’hiver

montréalais et échangeant des

regards bienveillants. Si c’était

une musique, ce serait d’abord

un brouhaha dont s’échapperait

finalement une douce mélodie

réconfortante. Et puisque c’est un

livre, c’est une chronique lumi-

neuse de Montréal et de ses habi-

tants, mus par un élan commun,

une générosité innée dont le secret

remonterait aux origines même de

la ville.

Car l’esprit de Jeanne Mance,

l’une des pionnières de la Nou-

velle-France au XVI

e

siècle habite

chaque Montréalais. Telle est la

thèse de Monique Proulx dans son

dernier roman tout juste publié en

France. L’écrivaine s’est replongée

dans la vie de la jeune femme, dont

le vœu était de cohabiter sur ce ter-

ritoire vierge avec les populations

autochtones et de les évangéliser.

Ce projet précis échoua, mais les

historiens la considèrent officielle-

ment cofondatrice de la ville.

De cet élan original descend une

population en quête de dépasse-

ment, et dont le roman nous pré-

sente quelques dignes représen-

tants. Une professeur de français

qui tente d’œuvrer à l’intégration

d’immigrés. La directrice d’un

foyer de sans abris qui part en

guerre contre le Vatican et ses

rouages encrassés. Un jeune juif

hassidique qui décide de couper

les ponts avec sa communauté

et se retrouve assoiffé de liberté.

Tous ont pour point commun

d’être mus par une énergie qui les

transcende.

« Montréal incite à se dépasser,

c’est dans le sol »

, assure Monique

Proulx. Telle est sa certitude. Celle

du lecteur est de découvrir, ligne

après ligne, une auteure injuste-

ment sous estimée en France et

dont le talent donne furieusement

envie de traverser l’Atlantique

pour vérifier sur place ce qu’il reste

de cet émouvant hommage.

Ce qu’il reste de moi,

Monique

Proulx, Éditions du Boréal,

432 pages, 20 euros

L’autre Poutine

Qui est l’homme fort du Kremlin ?

L’écrivain et historien Bernard

Chambaz s’est emparé de cette

épineuse question mais a choisi

de l’attaquer de biais. En créant un

double. Le héros du roman s’ap-

pelle Vladimir Vladimrovicth Pou-

tine, comme le Président russe, il

a le même âge que lui, partage sa

passion pour le hockey sur glace,

et, obsédé par le chef de l’État, il en

écrit sa biographie. Le récit mêle

alors les deux histoires, l’actualité

croise la fiction et Bernard Cham-

baz éclaire ses deux Vladimir

d’une lumière crue et saisissante.

Vladimir Vladimirovitch

, Bernard

Chambaz, Flammarion, 380 pages,

20 euros

L’art de la fuite

Le Berlinois Darius Kopp a per-

du son travail au moment où sa

femme se suicidait. Il part alors

en Hongrie, le pays d’origine de

son épouse, pour y disperser ses

cendres, emportant avec lui son

journal intime posthume. À me-

sure que le lecteur découvre en bas

de page le récit d’une femme qui

sombre dans les abysses du mal

de vivre et de la folie, le veuf enfile,

lui, les kilomètres, poursuivant fi-

nalement son voyage dans toute

l’Europe, de la Bulgarie à l’Italie

en passant par l’Albanie. Térézia

Mora, couronnée en Allemagne

par les plus prestigieux prix lit-

téraires, livre là un

road trip blues

aux confins d’une impossible

consolation.

De rage et de douleur, le monstre

,

Terézia Mora, Piranha, 544 pages,

25 euros

Sur la route

Les États-Unis ont leur mythique

Route 66. La Russie a désormais

sa ligne de bitume qui permet de

traverser le pays d’est en ouest,

et dont le dernier tronçon a été

inauguré en fanfare en 2011 par

Vladimir Poutine lui-même. Deux

journalistes l’ont alors parcou-

rue, de Moscou jusqu’à Vladivos-

tok. Leur récit de voyage publié

en chronique dans

Le Monde

est

maintenant l’objet d’un très beau

livre agrémenté de fascinantes

photographies. On retiendra leur

visite de Perm 36, un camp de

travail où furent emprisonnés

150000 personnes en 1950. Cette

sinistre prison accueillit notam-

ment Alexandre Soljenitsyne et lui

inspirera

L’archipel du Goulag

.

La Transsibérienne

, Véronique Marti

et Etienne Dubuis, Editions Slatkine,

avec le soutien de la Fondation Neva,

184 pages, 39 euros

LIVRES

Par Francine Thomas ¬

LIVRES