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DOSSIER

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N° 2 / 2015

tole péruvien et les Portugais gérant un empire maritime qui

s’étendait sur la moitié du globe. De plus, lors d’une entrevue

en 1532 avec le pape, François I

er

avait reçu l’autorisation tacite

de ce dernier, en froid avec Charles Quint, demener ce projet.

PREMIÈRE TENTATIVE

Jacques Cartier (1491-1557) était un marin expérimenté de

Saint-Malo. Il s’était déjà sans doute rendu à Terre-Neuve

et au Brésil. Recommandé auprès du roi par Jean Le Veneur,

abbé du Mont-Saint-Michel et grand aumônier de France,

il reçut la mission d’aller

« ès Terres Neufves pour découvrir

certaines ysles et pays où l’on dit qu’il se doibt trouver grant quan-

tité d’or et autres riches choses »

. Ajoutons qu’après l’échec du

voyage de Magellan en 1522, la recherche d’un passage plus

facile vers la Chine allait de soi et c’était sans doute le but

principal de l’expédition.

Lors du premier voyage (1534), Jacques Cartier reconnut le

golfe du Saint-Laurent. Depuis le début du siècle, les bancs

de morues de Terre-Neuve, alors inépuisables, étaient fré-

quentés par les marins portugais, espagnols, anglais et fran-

çais. Ils connaissaient empiri-

quement les lieux, mais aucune

carte n’avait été établie. Cartier

en fit méthodiquement le tour,

en baptisa les particularités géo-

graphiques, prouvant aupassage

l’insularité de Terre-Neuve, et

prit possession de la Gaspé-

sie, péninsule avancée dans

l’océan Atlantique, arrimée au

Québec. Nouant des contacts

amicaux avec les Indiens Mic-

macs qui y habitaient, il ramena à Saint-Malo les deux fils du

chef, qui devinrent ses interprètes l’année suivante, ainsi que

l’intégralité de ses équipages.

UNE AVANCÉE SUR LE SAINT-LAURENT

Le deuxième voyage (1535) lui permit de découvrir l’embou-

chure du Saint-Laurent, que Cartier remonta jusqu’aux rapides

de Lachine, à quelques kilomètres au sud d’une colline plantée

au milieu d’une île, qu’il nomma « Mont-Royal ». Montréal est

né. Il nota le mot indien «

canada

», qui lui semblait désigner le

territoire iroquois autour de l’île d’Orléans, juste au nord de la

future ville deQuébec, et entendit ses truchements lui vanter le

mythique royaume de Saguenay, plus au nord, admirable pour

ses richesses, qu’il identifia au Cathay (la Chine). Il dut hiver-

ner dans des conditions si rudes que le scorbut emporta près

du quart de son effectif. Les relations avec les Indiens s’étaient

cependant dégradées, à tel point que ceux ramenés en France

étaient cette fois prisonniers.

LES DÉSILLUSIONS

Le troisième périple (1540) fut celui de la première tentative de

colonisation. Les Français s’installèrent au capRouge, près de

Stadaconé (à l’emplacement de l’actuelle ville de Québec) et

y fondèrent Charlesbourg-Royal. On y découvrit d’immenses

gravières de diamants et d’or dont ils firent d’amples provi-

sions. L’hivernage fut d’autant plus difficile que les Indiens les

harcelèrent. Trente-cinq hommes périrent dans les combats.

De retour en France l’année suivante, une autre désillusion

l’attendait : l’or et les diamants s’avérèrent n’être que de la vul-

gaire pyrite et du quartz. L’expression « faux comme diamants

du Canada » fit depuis florès. Peut-être vexé par cette humilia-

tion, Cartier ne retourna plus jamais au Canada et devint un

notable respecté de Saint-Malo.

Cette première colonisation périclita. Le royaume n’en ayant

pas les moyens financiers ni la volonté politique, l’exploita-

tion de la Nouvelle-France et des rives du Saint-Laurent fut

déléguée à des commerçants privés. Le principal trafic était

celui des fourrures.

PÈRE DE LA NOUVELLE-FRANCE

Si Jacques Cartier est en France l’homme associé à la dé-

couverte du Canada, Samuel de Champlain (1567-1635) est au

Canada bien plus célèbre. Géographe, explorateur, fondateur

de Québec, infatigable promoteur

de la présence française, dont il fit le

but obsessionnel de sa vie, il a été jus-

tement surnommé au XIX

e

siècle le

« père de la Nouvelle-France ».

Il y parvint la première fois en 1603 et

remonta le Saint-Laurent jusqu’aux

rapides de Lachine. Après une pre-

mière tentative avortée de fonder

une colonie en Acadie en 1604-1607,

il en fit une deuxième sur les rives du

Saint-Laurent à Québec qu’il fonda

en 1608. Malgré sa petitesse, moins de cent âmes, l’établisse-

ment perdura au fil du temps et devint un important comptoir

à fourrures. Hivernant chaque année en France, Champlain

commença alors une inlassable activité d’explorateur de 1609

à 1616 arpentant une très vaste région de plusieurs dizaines de

milliers de km

2

, allant à l’ouest jusqu’aux lacs Huron et Onta-

rio. À chaque fois, il en rapportait des cartes et des descrip-

tions topographiques et ethnographiques de premier ordre,

publiées une première fois en 1613, puis régulièrement aug-

mentées et rééditées jusqu’en 1632.

Après cettepériode, il comprit laprécaritédesmonopoles com-

merciaux face aux appétits anglais. Ilmilita des années, envain,

à la Cour pour obtenir l’implication du pouvoir royal. Il dut at-

tendre 1627 pour obtenir de Richelieu la création de la Compa-

gnie des cent-associés (ou Compagnie de la Nouvelle-France),

parmilesquelsontrouvaitlecardinaletChamplain.Sonchamp

d’actioncouvrait toute l’AmériqueduNord. Après quelques pé-

ripéties, elle s’implanta àQuébec (en faillite, elle fut dissoute en

1665 par le roi). Champlain y mourut un 25 décembre, à 65 ans,

mais il avait eu le temps, lors de la dernière année de sa vie, de

voir enfin affluer quelques dizaines de familles de colons. Son

rêve s’était réalisé et Québec allait devenir le noyau de la pros-

périté de laNouvelle-France pour un siècle.

RdM

Samuel de Champlain

a été justement

surnommé au XIX

e

siècle le

"père de la

Nouvelle-France"

»

«

Québec : l’autre terre du français