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DOSSIER

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N° 2 / 2015

mouvement indépendantiste émerge. Le Canada est consi-

déré alors comme une puissance coloniale et impérialiste.

Les aspirations nationalistes deviennent plus radicales : at-

tentats, vols, délits en tous genres. Le Front de libération du

Québec (FLQ), né en 1963, sera à l’origine de la crise d’oc-

tobre en 1970 quand Pierre Laporte, ministre du Travail et de

l’Immigration du Québec fut kidnappé et tué. La loi sur les

mesures de guerre est appliquée, et la police, zélée, procède

à 400 arrestations de hautes personnalités québécoises tou-

jours injustifiées.

PREMIÈRES TENTATIVES

Un premier projet de loi sur les langues officielles est déposé

en 1968 et nécessitera un an de débats : il reconnaît l’égalité

du français et de l’anglais comme langues officielles du Ca-

nada. Les anglophones y voient une perte de pouvoir et les

Québécois ne deviennent pas plus fédéralistes malgré ce

« cadeau ». Le Premier ministre du Québec Jean-Jacques

Bernard veut répondre à l’angoisse des Québécois franco-

phones, de plus en plus inquiets pour la survivance de leur

langue et de leur culture, en pro-

posant une loi où le français do-

minerait dès l’école. Les esprits

s’échauffent : en 1968, à Saint-Léo-

nard, la communauté italienne

s’oppose à l’abandon de l’anglais

à l’école face à des parents fran-

cophones qui refusent des règles

dictées par une minorité. Une

manifestation de 3000 personnes

devant le Parlement transforme

l’enjeu linguistique en un pro-

blème national. La loi est retirée.

Durant dix ans, des commissions

se succèdent pour une meilleure

diffusion de la langue française et

l’amélioration des droits linguistiques pour la majorité fran-

cophone. Parallèlement, on assiste à une montée en puis-

sance du mouvement souverainiste dans un contexte inter-

national où la décolonisation et les nationalismes occupent

le devant de la scène.

LES TRIOMPHES DE MICHEL TREMBLAY

Au Québec, sur le lieu de travail, dans les magasins, on n’y

parle qu’anglais. La littérature francophone est encore mar-

ginale. Le premier coup provient de la scène du Rideau vert.

Les Belles sœurs

deMichel Tremblay, en joual, fait un triomphe

et un scandale. Entendre

« C'est ben simple, si j'me r'tenais pas,

j'braillerais comme une vache ! »

dans un grand théâtre, c’est une

première. ÀMontréal, le nombre de troupes de théâtre triple

en quelques années. Michel Tremblay, figure de la culture

autonomiste émergente, récidive dans la littérature en 1973

avec

C’t’à ton tour Laura Cadieux

, premier grand roman où le

joual s’affirme comme langue. Il sera le premier auteur qué-

bécois reçu par Bernard Pivot dans

Apostrophes

. Le cinéma

En 1963,

le français

duQuébec

est un

dialecte étouffé

»

«

québécois connaît lui aussi un âge d’or avec Michel Brault

(

Les Ordres

gagne un prix de la mise en scène à Cannes en

1975) et Jean-Pierre Lefebvre.

En 1968, Robert Charlebois sort

Lindberg

, chanson surréa-

liste où le refrain balance

«Mais ché pu où chu rendu »

. Au début

des années 70, Luc Plamondon écrit pour la future vedette

Diane Dufresne et va créer

Starmania

avec Michel Berger,

opéra-rock en français d’Amérique. En 1974, les sépara-

tistes Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Charlebois offrent un

concert sur les Plaines d’Abraham,

J’ai vu le loup, le renard, le

lion

. Le mouvement indépendantiste est désormais reven-

diqué, clamé, chanté. La révolution culturelle est venue des

artistes.

UN QUÉBEC DIVISÉ

Si l’anglais est encore la langue économique dominante,

le français commence à devenir la langue commune. Mais

le décalage entre le cadre législatif et les revendications

des francophones crée toujours plus de tensions. La loi 63

de 1969, la première au Québec concernant l’usage de la

langue, impose l’usage du français

dans les écoles anglaises, sur le

lieu de travail et aux immigrants.

Contestée, elle ne réconcilie pas

les partisans d’un unilinguisme

francophone et ceux qui prônent

un bilinguisme officiel. Elle sera

abrogée en 1974. Le rêve d’une gé-

nération crispe la société. Il s’agit

en fait d’un réel problème d’iden-

tité. Les anglophones considèrent

d’ailleurs que le terme Québécois

les exclut.

LA 101

E

LOI DE 1977

En 1976, le Parti québécois, indé-

pendantiste, prend le pouvoir avec René Lévesque et va faire

de la langue son grand combat. Cette charte de la langue

française est présentée le 26 août 1977 à l’Assemblée natio-

nale. Le français devient la langue officielle de la Province,

plus de deux siècles après la colonisation des Anglais, un

siècle après la création du Canada.

Montréal est à son apogée. Plus grande ville canadienne, re-

liée au monde entier, la métropole est le siège des banques,

le refuge des intellectuels, le pivot de la culture canadienne.

Mais les Jeux olympiques de 1976 l’ont ruinée et les nouveaux

immigrants préfèrent s’installer toujours plus à l’ouest : l’or

noir en Alberta et l’immigration chinoise à Vancouver lui

font perdre sa prépondérance. La francisation de la société

va accélérer le déclin (relatif) de l’agglomération.

UN NON QUI CHANGE TOUT

Ce basculement a une date : le 20 mai 1980, date du premier

référendum sur le projet de « Souveraineté-Association ».

Les souverainistes perdent largement le vote. La passion

Québec : l’autre terre du français