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DOSSIER

38

N° 2 / 2015

était si intense que certains déci-

dèrent de partir en France. Le sen-

timent anti-canadien conduit les

centres de décision à migrer vers

Toronto, qui va éclipser sa rivale

québécoise au milieu des années

90 dans des secteurs comme le ci-

néma, la littérature et la musique.

Conscient que le projet indépen-

dantiste se mue en ressentiment

anti-fédéraliste, le Gouvernement

canadien parvient à proposer en 1984 l’accord du Lac Meech, où

le Québec est reconnu comme « société distincte ». Mais c’est un

véritable échec. Tout comme l’accord deCharlottetown (1992) qui

transforme le débat linguistique en conflit constitutionnel. LeCa-

nada et le Québec sont au bord du divorce.

Entre temps la loi 101 va être altérée par différentes décisions de

la Cour suprême du Canada. Le Québec poursuit malgré tout

sa politique de « francisation ». Tout, ou presque, est obligatoi-

rement traduit : les titres de films -

Trainspotting

?

Ferrovipathes

.

Cars

?

Les Bagnoles. Kill Bill

?

Tuer Bill

– le vocabulaire informa-

tique – une conversation en chat se dit clavarder, un e-mail est

un courriel, un selfie un égoportrait…Et si vous voulez un

hot dog

demandez un chien chaud.

UN DEUXIÈME NON DE JUSTESSE

En 1995, le Premier ministre Jacques Parizeau lance un deuxième

référendum, tout aussi passionnel que le premier :

« Acceptez-vous

que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Ca-

nada un nouveau partenariat économique et politique ? »

La réponse

sera non à 50,58%. 54000 voix d’écart. Ottawa comprend le mes-

sage et accorde un statut de société distincte au Québec au sein

du Canada par sa culture unique, sa tradition du droit civil et sa

langue, française, tout en renforçant la solidarité fédérale.

Jusqu’en 2014, le débat sur l’indépendance du Québec sera mis

sous cloche. Un troisième référendumest évoqué par le Parti qué-

bécois lors des législatives de 2014 et lui fait perdre les élections.

Aujourd’hui, les Québécois ont d’autres révolutions : l’universi-

té, l’environnement et le vivre ensemble. Pointilleux sur l’usage

du français, assumant leur langue, ils savent que la menace sur

le joual est toujours prégnante. Les librairies francophones fer-

ment à Montréal pendant que leurs homologues anglophones y

prospèrent : la Ville Royale accueille de nouveau des Canadiens

anglais. Dans le quartier du Mile-End, un Québécois peut en-

tendre dans un commerce un exaspérant :

« Sorry, I don’t speak

french. »

Ils lisent le quotidien anglophone

The Gazette

et croient

que les francophones sont tous xénophobes.

À Toronto ou Calgary, il est de plus en plus difficile de croire à

un État officiellement bilingue. Les francophones sont parfois

moins bien considérés que les immigrants des pays émergents.

Cependant, les Québécois ne veulent plus forcément se chica-

ner avec le Canada. Ils savent, comme le disait Gilles Vigneault

que

« la francophonie, c'est un vaste pays, sans frontières. C'est celui de

la langue française. C'est le pays de l'intérieur. C'est le pays invisible, spi-

rituel, mental, moral qui est en chacun de nous »

.

RdM

Jusqu’en 2014,

le débat

sur l’indépendance du Québec

sera mis sous cloche

»

«

Le combat indépendantiste

est toujours d’actualité

dans les débats politiques.

Au niveau canadien, le

Bloc québécois, seul parti

indépendantiste au niveau

fédéral, continue

« sa

campagne permanente

de promotion de

l’indépendance »

,

« notre

seule voie d’avenir »

,

selon le président du parti

Mario Beaulieu. Pour le

Bloc,

« les Québécois

forment un peuple distinct,

une nation avec une

identité qui lui est propre »

.

Le Bloc affirme que la

Province se gouvernera

mieux et sera plus

prospère en étant un

pays.

« Le Québec doit

constamment lutter pour

préserver sa culture, sa

langue, ses valeurs, et

son caractère distinct »

,

explique le parti.

« Depuis

1977, la Cour suprême

du Canada a largement

affaibli la loi 101 en vertu

d’une constitution que

le Québec n’a jamais

signée ! »

Actuellement en

campagne électorale, le

BQ rappelle que

« tous

les partis fédéralistes

à Ottawa se sont

opposés au droit de

décider lui-même de sa

politique pour encadrer

les accommodements

religieux »

et

« qu’aucun

député québécois n’a

défendu le projet de

laïcité »

appuyé par la

majorité de la population.

Au niveau provincial,

Pierre Karl Péladeau,

patron du plus grand

groupe de communication

québécois, Québécor,

est devenu le nouveau

chef du parti souverainiste,

le Parti québécois, et

ainsi le chef de

l’opposition. Son

élection a surpris : de

par son passé d’homme

d’affaires, ses liens de

proximité avec le

show-

biz

, mais surtout parce

qu’il a fait campagne

sur l’indépendance du

Québec, sujet que l’on

croyait révolu. Farouche

indépendantiste, il a

« la profonde conviction

que, pour le Québec,

l’indépendance est plus

nécessaire que jamais »

,

qu’il ne s’agit pas du

« rêve

d’une seule génération »

.

Mais si on constate un

léger regain pour l’option

indépendantiste dans les

sondages, à peine deux

Québécois sur cinq sont

favorables à l’idée d’un

référendum sur le

sujet en 2015.

Regain

d’indépendantisme ?

Québec : l’autre terre du français