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DOSSIER

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N° 2 / 2015

Québec : l’autre terre du français

on an mal an, chaque année, 3000 à

5000 Français émigrent au Québec.

Récemment, les Chinois sont devenus

plus nombreux, mais la communau-

té francophone qui inclut les Haïtiens, Algériens et

Marocains, reste prépondérante dans la Belle Pro-

vince.

« LaFrance, c’est le canal historique »

, comme s’en

amuse Monique Savoie, présidente-fondatrice de la

Société des Arts Technologiques de Montréal (SAT),

ajoutant que le Plateau-Mont-Royal, quartier bo-bo

de la ville, est surnommé la

« Nouvelle-France »

.

Malgré le fait que le Québec se vante d’être une terre

d’accueil,

« la province ne se donne toutefois pas lesmoyens

pour retenir les talents »

, déplore Monique Savoie. Elle

constate que les jeunes Québécois, tentés aussi par

une vie meilleure ailleurs, ne

« reviennent plus, depuis

quelque temps. On peut venir étudier ici, mais le Québec

ne propose pas les outils de rétention nécessaires pour em-

pêcher cette fuite des Québécois ou le retour au pays des

immigrés français »

, explique-t-elle.

Pourtant le Québec continue d’attirer chaque an-

née plus de 50000 étrangers, francophones, anglo-

phones ou allophones. Terre cosmopolite, ses lois

font du français un passage obligé à qui veut vivre au

Québec. Il n’y a bien que les Canadiens anglophones

qui continuent de faire comme si la langue française

était secondaire. Des artistes, des entrepreneurs

viennent y trouver une qualité de vie promue dans

les publicités mais aussi un cadre plus souple pour

entreprendre, rebondir ou même se reconvertir.

Pour la directrice de la SAT, c’est une question d’état

d’esprit :

« En France, on réfléchit longuement au concept

avant de créer, alors qu’au Québec, c’est l’inverse : on crée,

on fabrique l’institution, les statuts et le poste de président

avant même que le concept soit mûr. »

Multiculturel, le Québec séduit par sa double iden-

tité, américaine et francophone.

« Avec les réseaux,

les frontières sont abolies et nous relient tous »

, confie

Monique Savoie, qui voit

« la francophonie comme un

immense laboratoire culturel »

. D’autant que pour elle, il

est loin le temps où la langue française était un com-

bat élitiste et nostalgique.

« Aujourd’hui, nous sommes

un pays francophone respecté en tant que tel, avec notre

propre culture. »

RdM

Par V. T. ¬

Terre

promise ?

Portrait : Eliot Jacquin,

un entrepreneur français

exilé au Québec

liot Jacquin s’est

installé à Québec il y a

deux ans pour créer et

diriger 04h11, la filiale

de son entreprise

bordelaise (10h11). 04h11 est une

« jeune pousse » spécialisée dans

la représentation visuelle

et graphique de données.

À l’écouter, une chose est sûre : ce

jeune homme de 27 ans a déjà pris

l’accent québécois.

« J’étais déjà

venu travailler dans le coin de Québec

quand j’étais jeune et je connaissais

quelques personnes ici »

, explique-

t-il.

« C’est le meilleur des deux

mondes, une ville à taille humaine, à

proximité de la nature et pas trop loin

de Montréal. »

De Bordeaux à Québec, deux

villes jumelées, il n’y a pas tant de

différences, hormis l’hiver,

« qu’il

faut vivre »

. Le contraste réside

plutôt dans l’approche humaine :

« Les gens se font confiance entre eux.

Ils sont plus autonomes, plus directs

et sont capables d’être positifs malgré

la crise économique et l’austérité qui

frappe le pays. »

Pour Eliot Jacquin , il ne faut pas

comparer les pays :

« Malgré la

langue commune avec la France, on

est étranger. Il faut s’imprégner de la

culture locale pour mieux s’intégrer. »

Il regrette que de nombreux

Français s’installent

« avec un esprit

de conquérant. C’est la pire manière

de faire »

, selon lui

.

Et de pour-

suivre :

« Les Québécois sont fiers

de leur culture, de leurs racines, de

leur façon de fonctionner »

, ajoutant

qu’ils sont aussi

« indépendants de

l’Amérique du Nord que les Français

de l’Europe. »

RdM

B

E

Par V. T. ¬

© DR