Background Image
Table of Contents Table of Contents
Previous Page  76 / 108 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 76 / 108 Next Page
Page Background

76

N° 2 / 2015

EN VRAC

Les sources attestent que l’on fait du vin dans la Negotinska Krajina

depuisleIII

e

siècledenotreère.Àl’

époqueleDanubemarquaitle

limes

,

la frontière de l’Empire romain, dont les ruines du riche

municipe

de

FelixRomuliana (Gamzigrad) témoignent encoreduhautdegréde ro-

manisation de la région. La vigne et le vin faisaient partie dumode de

viequi s’était imposédans ces confinsde l’Empire.

Cette tradition a perduré au fil du temps et, au XIX

e

siècle, les vins de

Rogljevo s’exportent sur tous les marchés européens, en Hongrie et en

Autriche via le Danube, oumême jusqu’en Russie. Ils sont présents à l’Ex-

position internationale de Bordeaux en 1882, à l’Exposition universelle

d’Anvers en 1885, à celle de Paris en 1890... Le succès commercial est d’au-

tant plus grand que la France manque de vin, en raison du phylloxéra, qui

épargne alors la Serbie. Le village de Rogljevo conserve la trace architec-

turale de la richesse de cette « belle époque », même si les grandes bâtisses

des négociants tombent en ruine. Le déclin est venu plus tard, après l’ins-

tauration du socialisme en 1945. Une coopérative viticole collecte le raisin

des petits producteurs mais produit des vins

de mauvaise qualité. Une petite production

privée se maintient, pour une consommation

familiale mais, faute de moyens techniques de

conservation, elle est bue dans l’année.

C’est pourtant en goûtant ces vins « maison »

en 2007, que Cyrille et Estelle Bongiraud ont

découvert le potentiel exceptionnel du terroir

de Rogljevo. Estelle est issue d’une grande fa-

mille de vignerons de la Côte de Beaune ; après

une carrière de chanteur de musique baroque,

Cyrille a fait l’école du vin de Beaune, puis s’est

consacré durant dix ans à l’étude des sols. Fon-

dateur du Groupement d'étude et de suivi des

terroirs, il a conseillé près de 200 domaines.

« En Serbie, nous avons la chance d'avoir un paysage

très diversifié au biotope riche et varié. Ici, la nature a

été peu bouleversée. Le vignoble se mêle aux jardins et

aux vergers »

, explique-t-il.

« Avant de découvrir Rogljevo, nous avions cher-

ché à faire du vin en Roumanie, puis nous avons

repris des vignes près de Kladovo, côté serbe du Da-

nube »

, ajoute Estelle. Le village de Rogljevo

se compose de deux entités : le village des habitants, dans la vallée, et un village de

caves, à mi-pente, au milieu des vignes. Ces caves sont des bâtiments de pierres semi-

enterrés, construits sur lemêmemodèle entre le XVII

e

et le début du XX

e

siècle. C’est là

que le couple a installé sa Francuska Vinarija (« le cellier français »). Les Bongiraud pro-

duisent une dizaine de vins différents—des rouges comme l’Obecanje ou la Tajna, des

blancs comme le Poema, que l’on trouve déjà chez les meilleurs cavistes d’Europe, à la

carte de bars spécialisés dans les vins naturels mais aussi de quelques tables étoilées

de France, duQuébec ou de Belgique, comme le Lucas Carton à Paris ou le Coquillage

d’Olivier Rollinger à Cancale.

La Francuska Vinarija a acquis quelques vignes et achète le raisin des petits produc-

teurs locaux, qui suivent une charte draconienne, visant à préserver l’expression la plus

juste du terroir, tout en favorisant la réhabilitation de cépages locaux. Le domaine est

en train de se convertir à la biodynamie.

RdM

Francuska Vinarija,

des vins serbes

à la bourguignonne

C’est sur un terroir oublié, perdu dans

l’est de la Serbie, à deux pas du Danube

et de la frontière bulgare, qu’un couple de Français,

les Bongiraud ont établi leur

« cellier français »

,

la Francuska Vinarija.

Par Jean-Arnault Dérens ¬

CONVERSATION VINICOLE : SERBIE

© DR