RDM03 - virtuel - page 13

mars–mai 2016 / N°3 /
RDM Magazine
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L E MON T É N É GRO S E R A P P RO C H E D E L’O T A N
Jusqu’alors dans la sphère d’influence deMoscou,
leMonténégro opère un rapprochement inédit avec l’OTAN.
Un jeu d’alliances marqué par des enjeux de politique interne.
Les touristes russes se presseront-ils
encore cet été par dizaines demilliers
sur les côtes duMonténégro ? Rien n'est
moins sûr. Le 2 décembre, lesministres
des Affaires étrangères des Étatsmembres
de l’OTANont « invité » ce petit pays de
650000 habitants à rejoindre l'Alliance,
une décision perçue comme une « pro-
vocation » parMoscou. Dans les stations
balnéairesmonténégrines, la baisse de
fréquentation des touristes russes est
d'ailleurs déjà sensible, provoquant la
chute des prix de l'immobilier.
Au pouvoir depuis 1991, le Premierministre
MiloDukanovic a choisi la carte occi-
dentale, après avoir soutenu les guerres
de la Serbie enCroatie (1991-1995) et en
Bosnie-Herzégovine (1992-1995).
Durant le conflit duKosovo (1999), Milo
Dukanovic sent le vent tourner et prend
ses distances avec SlobodanMilosevic,
lemaître de Belgrade, avant d'orienter
son pays sur la voie de l'indépendance,
devenue effective après le référendum
de 2006. Des négociations d'adhésion sont
ensuite ouvertes avec l'UE en 2012, malgré
Le gouvernement socialiste d'Edi Rama
vient d'annoncer qu'il préparait un projet
de loi pour recenser tous les Albanais vi-
vant à l'étranger à partir du 1
er
janvier 2016.
Selon les estimations officielles, plus d'un
million de ressortissants albanais seraient
aujourd'hui établis hors d'Albanie.
« Faute
de pouvoir définir avec exactitude le nombre
d’Albanais vivant à l’étranger, l’État a dumal
L’A L B A N I E S E V I D E
D E S E S F ORC E S
V I V E S
Depuis la chute du communisme
en 1991, le pays des Aigles a vu
sa population chuter de 15 %.
La cause : une émigration
économique massive.
à offrir des services de qualité à ses citoyens »
,
a justifié leministre de l’Intérieur, Saimir
Tahiri, lors de la présentation du projet de
loi. Fin 2011, les résultats du recensement
avaient fait l'effet d'une douche froide en
Albanie : en dix ans, le pays a vu sa popula-
tion chuter de près de 7% pour descendre
sous le cap des trois millions d'habitants
– 2830000 très exactement. Depuis la
chute de la dictature communiste en 1991,
malgré lemaintien d’une vigoureuse nata-
lité, l'Albanie aurait même perdu près de
500000 habitants, soit une baisse de 15%
de sa population. À titre de comparaison,
entre 1970 et 1990, la hausse avait dépassé
les 30%, la population albanaise passant
de deux à trois millions d'âmes.
À l'origine de ce basculement, la très forte
émigration, qui a commencé dès 1991.
Aujourd'hui encore, l'exil se poursuit,
surtout depuis la libéralisation des visas
Schengen accordée fin 2010 : en 2014, plus
de 16000 Albanais ont demandé l'asile
dans un pays de l'UE et, selon une étude
parue l'été dernier, plus des deux tiers
des jeunes rêvent de quitter leur pays.
Pour le Premier ministre Edi Rama, la
nouvelle loi sur les Albanais de la diaspora
s'inscrit
« dans un processus historique »
,
alors que
« depuis 25 ans, l'État est incapable
de prendre en compte le capital humain que
représentent les Albanais vivant à l’étranger »
.
Par J.-A. D.
¬
la persistance d'une corruption endémique.
Les affrontements qui ont éclaté
à Podgorica après unemanifestation
de l'opposition le 24 octobre dernier ont
cependantmontré que les personnes
au pouvoir étaient encore loin d'accepter
le développement dans la rue d'une
quelconque contestation politique.
Et l'arrestation le 17 décembre dernier
de SvetozarMarovic, l'ancien Président
de laCommunauté d'États de Serbie-
et-Monténégro, véritable « boss » de la ville
de Budva, ressemble plus à un règlement
de compte interne au parti au pouvoir qu'à
une lutte systémique contre la corruption
des instances dirigeantes.
Reste que dans un contexte de tensions
avecMoscou, MiloDukanovic agite avec
succès le spectre de lamenace russe pour
convaincre lesOccidentaux de lui apporter
leur soutien et réprimer les courants d'op-
position, dont certains sont traditionnel-
lement proches deMoscou. Au nomde la
« stabilité » des Balkans, le Premierministre
monténégrin devrait donc, encore une fois,
réussir à sauver sa tête.
Par J.-A. D.
¬
© Shutterstock
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