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mars–mai 2016 / N°3 /
RDM Magazine
(en l’occurrence la reproduction immense d’un portrait du Christ
de Antonello da Messina en fond de scène), en associant le trivial
et le sacré (un vieillard incontinent en fin de vie sous le regard
du Christ), en laissant libre cours aux interprétations de chacun,
c’était aussi ouvrir la porte aux interprétations les plus radicales.
Dans un sens comme dans l’autre puisqu’il fût également accu-
sé d’être
« trop chrétien »
! Tous les perturbateurs parisiens furent
condamnés et l’on notera que le spectacle a fait le tour de l’Europe
– Pologne, Italie et Espagne compris – sans jamais connaître le tol-
lé qu’il suscita en France...
Invité d’honneur du festival d’Automne, Romeo Castellucci n’en
finit pas de nous surprendre. Outre son passage par l’opéra (les
mises en scène de
Parsifal
,
Orphée et Eurydice
,
Moses und Aron
...),
il a remonté son
Orestie
, créé en 1995. En s’appropriant la trilogie
d’Eschyle, Castellucci nous plonge dans un univers apocalyptique
(entre chambre de torture géante et monde du silence) prompte à
perturber les spectateurs les plus avertis. C’est brut, barbare et l’on
pense au théâtre d’Artaud autant qu’aux visions hallucinées d’un
Francis Bacon. Ce spectacle n’est pas la meilleure porte d’entrée
pour découvrir son univers – il est peu accessible - mais c’est un
étalon passionnant pour mesurer à quel point l’auteur s’est apaisé
depuis 20 ans. La preuve avec un
Sacre du printemps
qui fera date.
Comment allait t-il réinventer ce ballet mythique, aussi culte au-
jourd’hui que scandaleux à sa création ? On sait la partition de
Stravinsky magistrale et de nombreux chorégraphes – et pas des
moindres – ont laissé leurs empruntes sur ces notes. Pour Cas-
tellucci, il s’agit donc d’un acte ultime, radical : aucun danseur
sur scène pour évoquer la mort et le sacrifice. Mais un ballet de
poussières mû par une machinerie complexe qui la déploie dans
les airs au rythme de la musique. Pas n’importe quelle poussière :
de la poussière d’os d’animaux broyés (30 tonnes), telle qu’on l’uti-
lise comme fertilisant agricole. La mort pour faire renaître la vie.
Une fois encore, c’est prodigieux dans la forme, vertigineux dans
le fond. À en perdre son latin !
RdM
Orestie (une comédie organique ?)
du 20 au 22 avril au Maillon (Strasbourg), du 26 au 27 avril au
Théâtre d’Arras, du 30 avril au 1
er
mai au théâtre Alessandra Bonci
(Césena, Italie), du 25 au 28 mai au Théâtre national de Toulouse.
I. Orestie (une comédie
organique ?), 1995.
II. Inferno, 2008.
III. Moses und Aron, 2015.
IV. Romeo Castellucci.
V. Sur le concept du visage du
fils de Dieu, 2011.
2
II
V.
IV
III.
CULTURE
/ CHRONIQUE THÉÂTRE
II.
I.
© Luca Del Pia
© Klaus Lefebvre
© SRS 1995
© Bernd Uhlig
IV.
© Christophe Raynaud de Lage
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