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RDM Magazine
/ N°3 / mars–mai 2016
L
es raisons qui font de la péninsule la terre
de l’excellence musicale sont nombreu-
ses. Il y a tout d’abord une langue qui se
confond avec la poésie. Il y a aussi l’héritage
de Verdi, Puccini et Rossini qui exprimaient
avec simplicité la puissance dessentiments.
Il y a
enfin la
tradition napolitaine et ses
complaintes
amoureuses
chantées par des voix d’hom-
me. Elle est à la source du
renouveau de la chanson
italienne qui se diffuse dans
toute l’Europe au XIX
e
siècle.
Un seul exemple illustre à
lui seul l’ampleur du phéno-
mène :
O Sole Mio
(1835) qui se
chante en dialecte puis en ita-
lien avec la version d’Eduardo
di Capua de 1898, très vite
repris par Enrico Caruso, le
légendaire ténor, au tournant
du siècle. Même Elvis Presley,
en 1960 sous le titre
It’s Now or Never
, en livrera sa version.
Avec l’immigration italienne, massive en direction des États-
Unis, ce sont aussi les chansons qui traversent l’Atlantique. En
1956, Renato Carosone fait résonner la mélodie de
Tu vuo fa’ l’ame-
ricano
dans toutes les radios. L’histoire d'un Italien qui veut imiter
le style de vie américain en buvant du whisky-soda, en dansant le
rock n' roll, en jouant au baseball et en fumant des Camel… Mais
qui ne peut s'acheter des cigarettes qu'en puisant l'argent dans le
sac àmain de samaman ! Ce titre, léger etmoqueur, est un brillant
métissage de napolitain et de swing, à l’image de Little Italy qui
devient l’un des quartiers les plus effervescents de New York.
Mais c’est bien dans une
petite ville balnéaire de la
Riviera, quelques années
auparavant, que se joue un
événement capital. 1951 voit la
naissance de ce qui demeure
encore aujourd’hui une vé-
nérable institution : le fes-
tival de San Remo. Celui-ci
devient à la fois une énorme
caisse de résonnance et un
bel écrin pour une chanson
à bout de souffle, lessivée par
le fascisme. Désormais, c’est
ici que s’allumeront toutes les
légendes de la chanson ita-
lienne. Avec son lot de scan-
dales, de votes contestés,
de paillettes et de glamour. Certes, San Remo, malgré quelques
fulgurances, reste un spectacle grand public qui infuse dans les
familles de sages mélodies aux paroles tièdes. L’amour y est sug-
géré et innocent.
« Idéal dans un pays où règne sans partage une démo-
cratie-chrétienne qui n’hésite pas à censurer si besoin un texte jugé trop
P E T I T E H I S T O I R E DE L A
chanson italienne
Au pays de la Vespa, de la
dolce vita
et de l’opéra, on ne plaisante pas
avec la chanson populaire. Elle fait partie du patrimoine et tout Italien se doit
de pouvoir fredonner le refrain d’une chanson qui évoque l’amour,
ses déceptions ou encore l’
azzurro
du ciel. Vivante, créative, elle parle
de la vie quotidienne.
Par David Dibilio ¬
MUSIQUE /
CULTURE
© DR
Domenico Modugno au festival de San Remo en 1961.
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