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RDM Magazine
/ N°3 / mars–mai 2016
L
es Stambouliotes ont le football qui coule dans les
veines au moins aussi fort que le Bosphore. Il suffit de
parcourir un plan de la ville : Galatasaray, Fenerbahçe,
Besiktas… Autant de lieux, de quartiers, qui ramènent
illico à un club de football-phare du championnat turc.
Galatasaray et Fenerbahçe, surtout. Entités aussi liées que
contraires, qui engendrent des derbys animés. Ces deux équipes
les plus titrées de la Süper Lig, dans un pays où le ballon rond
tourne à l’obsession, génèrent en effet une ferveur à nulle autre
pareille. Les jours qui précèdent et suivent ces matches, les
journaux augmentent leur tirage de 50% ! Et, forcément, nul ne
saurait soutenir les deux clubs : on naît supporter des « lions »
(Galatasaray) ou des « canaris jaunes » (Fenerbahçe) et on le reste
toute sa vie.
D’un côté du détroit, l’Europe : c’est là que le club de Galatasa-
ray a vu le jour en 1905, au sein du lycée français du même nom.
À une époque où le championnat national, né sous influence
anglaise à la fin du XIX
e
siècle, était encore interdit aux Turcs. De
par sa géographie même, le club est historiquement considéré
I S TA NBU L , UN C L UB ,
UN QUA R T I E R
À Istanbul, chaque quartier défend ses couleurs autour
du ballon rond où les rivalités, historiquement très ancrées,
s’expriment avec passion dans les stades.
Sociologie d’une ville, vue par le prisme de ses clubs de football.
Par Myrtille Rambion ¬
comme celui des classes bourgeoises. En témoigne la liste de ses
dirigeants, à 70% diplômés du lycée Galatasaray.
De l’autre côté du détroit, l’Asie. C’est là, dans l’arrondissement
de Kadiköy que le Fenerbahçe SK, plus populaire, a été créé en
1907. Officiellement le 3 mai, jour de la visite de Mustafa Kemal
Atatürk à l’équipe. Là encore, les membres fondateurs avaient
décidé de braver l’interdiction imposée aux Turcs. Au départ, les
deux clubs étaient donc tournés vers une même idée : lutter par
le ballon contre les puissances occupantes. C’est même devenu
un enjeu national au lendemain de la chute de l’Empire ottoman.
Et ce n’est qu’en 1934, quinze ans après le tout premier derby, que
les deux clubs sont devenus rivaux au terme d’un match qui a
tourné au pugilat. Le début d’une longue série.
Dans ce paysage sportif stambouliote binaire, une troisième
entité émerge. Besiktas, situé dans le quartier du même nom sur
la rive européenne de la ville, à quelques centaines de mètres de
la place Taksim, et qui dispute régulièrement la tête du cham-
pionnat aux deux grands. Il est le plus vieux club sportif de l’an-
cienne Constantinople, fondé en 1903. Mais dès l’automne 1902,
une vingtaine de jeunes Turcs issus de
l’aristocratie s’étaient déjà regroupés
pour pratiquer la gym. Qu’importe si la
section football n’a, elle, vu le jour qu’en
1911… Il est également le seul club de la
ville à avoir le drapeau turc dans son
écusson, une distinction cadeau de la
fédération depuis les années 1950, quand
l’équipe a remplacé au pied levé la sélec-
tion nationale pour un match contre la
Grèce. Plus turcs que stambouliotes,
telle est effectivement l’image renvoyée
par « les aigles noirs » (le surnom de
Besiktas). Il n’est d’ailleurs pas anodin
que le plus grand rival du club ne se
situe pas à Istanbul, mais à Bursa, dans
la région de Marmara. Comprendre le
football pour comprendre un peu mieux
Istanbul et laTurquie ? Et pourquoi pas.
RdM
SPORT /
EN VRAC
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