RDM03 - virtuel - page 76

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RDM Magazine
/ N°3 / mars–mai 2016
MODE BAGAGERIE/
EN VRAC
O
n l’a longtemps crue réservée aux rétrospectives
poussiéreuses, aux collectionneurs acharnés et aux
greniers d'antan, mais il faut bien admettre que la
malle fait un retour fulgurant dans les tendances
maroquinières. Car la relative désuétude de son charme et son
volume pachydermique n’ont pas réussi à occulter son pouvoir
de séduction et sa capacité forcément XXL. C’est une fois de plus
par la porte de luxe que cette aïeule réussit son
facelift
. Il sera vain
de la chercher dans les soutes d’un moyen courrier
low cost
ou à
l’arrière d’une voiture compacte. Le pont supérieur des croisières
du bout du monde, les jets privés des
happy fews
et les plus belles
suites des palaces sont davantage à leur goût. Les fameusesmalles
cabine de l’âge d’or transatlantique, véritables vestiaires porta-
tifs, ont finalement peu évolué, à ceci près que les stars du R’n’B
ont remplacé l’aristocratie européenne dans les carnets de com-
mande. On prête au grand réalisateur italien Lucchino Visconti
une admiration pas tout à fait platonique pour Alain Delon à qui il
offrit plusieurs de ses plus grands
rôles dans les années 1960. Parmi
les cadeaux somptuaires déposés
en offrande aux pieds du jeune
premier à peine dégrossi de son
service militaire, la gamme com-
plète de la bagagerie Louis Vuit-
ton ornée des fameuses initiales
baptisées Monogramme. Touché
mais quelque peu décontenancé,
l’acteur se serait alors écrié
« C’est
gentil Lucchino, mais pourquoi as-
tu fais mettre tes initiales et pas les
miennes ? »
Incontournable du
genre,
Louis Vuitton
fait per-
durer le mythe à grand renfort de
communication – une exposi-
tion à la scénographie grandiose
au Grand Palais à Paris – sans
prendre le risque de moderniser
l’exercice. Si les sacs Monogramme
LV ou estampés du motif damier re-
présentent encore aujourd’hui un
véritable jackpot pour LVMH, notam-
M A L L E S À PA R T I R
Signe distinctif autant qu’objet pratique, lamalle reprend des couleurs
chez lesmaroquiniers. Un luxe qui se décline en se jouant d’un certain charme désuet.
Tour d’horizon des dernières tendances.
Par Laurent Dombrowicz ¬
ment grâce à une logomania revue, encouragée et corrigée par les
nouvelles équipes enplace, les bagages dit « rigides »maintiennent
un niveau de vente très appréciable. Le pouvoir du fameux
story-
telling
est aussi de mise chez
Moynat
, malletier français depuis
1849. Des bagages aussi précieux qu’ergonomiques inspirés par le
monde automobile. La forme si spécifique de certainsmodèles est
inchangée depuis le temps des Bugatti Royale et autres Delahaye
aux courbes sexy. On doit aussi à Moynat l’utilisation du bois de
camphrier, destiné à protéger les fourrures de ces dames contre
les insectes et la vermine. Ramesh Nair, directeur créatif de la
marque, a réussi à garder un caractère très exclusif à ses nouveaux
modèles, tout en les inscrivant dans une dynamique plus contem-
poraine. Sensiblement plus « bling » et encore plus internationale,
la griffe parisienne
Goyard
propose des bagages sur mesure de-
puis 1792. Son crédo ? La toile peinte déclinée en plusieurs teintes
devenue véritable signature. Dans un proche voisinage, on citera
aussi
Fauré Le Page
, maroquinier et arquebusier depuis 1717 et
qui décline aujourd’hui son savoir-faire dans de très beaux sacs
de loisirs, malles à pique-nique, porte bottes et autres sièges de
pêche. Pour des tentations plus modernistes, rendez-vous est pris
avec
Pinel&Pinel
, qui réalise les fantasmes les plus fous avec des
malles frigo, écrins à bijoux ou sonothèques portatives. Tout ici est
laissé au choix du client (forcément difficile et fortuné) et réalisé
à la main par des artisans hors pair. Les marques de mode, plus
habituées aux
it bags
et aux effets de podium n’ont pas laissé tom-
ber l’affaire pour autant.
Prada
propose depuis quelques mois un
service de personnalisation sur sa ligne de bagages dont les cou-
leurs et imprimés échappent souvent à la ronronnante bienséance
du noir et du marron. Pour les irréductibles aficionados des tapis
roulants et terminaux cosmopolites, la solidité et l’ergonomie de
la fameuse valise trolley ont elles aussi cédé à la tentation de la
mode. Le fabricant allemand
Rimowa
, célèbre pour son utilisa-
tion du polycarbonate et de l’aluminium, a rhabillé Inside out, son
modèle le plus connu, avec une doudoune Moncler. Encore plus
chic,
Chanel
enrichit sa proposition saisonnière de trolleys siglés,
bien conscient qu’une femme qui voyage n’est pas forcément une
trekkeuse en tenue confort. Au-delà de ce
fashion coup
, l’ensemble
desmarques de luxe dont la santé dépend du succès de leur maro-
quinerie, ont renommé leurs modèles grands formats. Le 48Hrs
devenu Weekender s’appelle aujourd’hui Cabin ou Cruise. L’em-
barquement ne saurait tarder.
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