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RDM Magazine
/ N°3 / mars–mai 2016
S
a toute première gorgée de vin, Carole Bouquet s'en
souvient. Elle a vingt et un ans lorsqu'elle boit un verre
de château Haut-Brion. Celle qui a été découverte trois
ans plus tôt par Luis Buñuel dans
Cet obscur objet du désir
se trouve alors avec des amis à l'Ami Louis, un restaurant pari-
sien très célèbre à l’époque. Et c'est un monde entier qui s'ouvre
d'un seul coup à elle, comme un choc, une révélation.
L E S A NGUE D ’ORO
DE C A RO L E BOUQUE T
Elle n’a pas que la comédie dans la vie, loin de là.
Le vin lui prend aussi énormément de son temps
mais elle affirme aimer ça. C’est sur une île parsemée
d’oliviers au sud de la Sicile que la comédienne a choisi
il y a quelques années de se lancer dans la production
de son propre nectar, le Sangue d’Oro. Un succès.
Par Paul Paris ¬
Cet amour du vin ne l’a plus jamais quittée et a même mûri au fil
du temps, des dégustations et des rencontres. 30 ans après cette
première émotion avec ce grand cru de bordeaux, cette icône
du cinéma français se retrouve à la tête d'un vignoble en Italie,
pays qu'elle affectionne particulièrement. La comédienne est la
propriétaire d'un domaine situé sur l’île de Pantelleria, « l’île du
vent », où elle cultive également des olives et des câpres.
Tout débute en 1996, lorsqu'une autre co-
médienne, son amie Isabella Rossellini,
lui parle de ce petit bout de terre d'un peu
plus de 80 km
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surplombé par un volcan,
situé au large de la Sicile. Aussitôt, l’ac-
trice tombe sous le charme de ce coin de
paradis. Elle commence par y venir pour
les vacances, en louant des villas, puis elle
acquiert un demi-hectare sans eau, ni élec-
tricité, avant de réunir plusieurs parcelles.
Elle doit racheter pour cela des terrains à
pas moins de soixante-dix propriétaires et
faire construire un chai.
Si la remise en état de l’exploitation lui a pris
des années, un véritable tour de force, au-
jourd’hui son domaine compte une quin-
zaine hectares de terres volcaniques dont
huit consacrées aux vignes, cultivées en
terrasses protégées du vent par des murets
en pierre. 14000 bouteilles de son Sangue
d’Oro en sortent chaque année.
Du muscat d'Alexandrie, un cépage très
résistant aux arômes intenses de fruits
blancs, cultivé en bio, nécessitant forcé-
ment beaucoup de travail. Toute la récolte
est réalisée à la main selon une pratique
agricole ancestrale : la
« vite ad alberello »
,
comprendre la taille de la vigne en gobelet
– le plan de vigne est planté dans un trou
constamment entretenu afin de créer un
microclimat favorable. Cette tradition,
transmise depuis des générations dans les
familles de viticulteurs et de fermiers de
l'île, a même été inscrite il y a deux ans sur
la liste du patrimoine culturel immatériel
de l’humanité de l'UNESCO.
Carole Bouquet n’y est d’ailleurs pas pour
rien. Elle s'est en effet battue pour ce rituel
qui s'effectue sur un terrain très accidenté,
balayé presque toute l’année par les souffles
chauds venus du Sahara. Une fois récoltés
et triés, les raisins sont séchés naturelle-
ment au soleil à même le sol pendant deux
à trois semaines afin de libérer de l’eau
et d’augmenter la teneur en sucre : c’est
le passerillage. Il en résulte des notes de
quinquina, de bergamote et d’abricot sec.
À déguster très frais !
RdM
CONVERSATION VITICOLE /
EN VRAC
© André Rau
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