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juin–septembre 2016 / N°4 /
RDM Magazine
27
L I V RE S
Par F. T. ¬
I I I .
Terminus,
tout lemonde descend
C’est un endroit perdu au
bout dumonde, un point
microscopique sur la
mappemonde : Kullorsuaq
auGroenland, à l’entrée de
la baie deMelville. Depuis
Paris, comptez trois jours de
voyage, quatre avions et un
hélicoptère pour rejoindre
ses 500 habitants qui se
passionnent pour la chasse,
le football et les bonbons
Haribo. C’est pourtant là
queNicolasDubreuil, ancien
professeur d’informatique
devenu explorateur des
grandes steppes blanches,
a choisi de construire sa
maison et de vivre huitmois
par an. Dans ce village où
aucune habitation n’a l’eau
courante et où la pêche au
narval est l’activité la plus
courue.
Mais ce confetti demonde
est aussi source d’un
perpétuel étonnement.
Ici, les Inuit sont connectés
I I .
Une valse à seize temps
Un phénomène étrange se
produit après la lecture du
joli roman de Gudmundur
Andri Thorsson. On
souhaiterait posséder un
Polaroïd des personnages
rencontrés dans ce village
islandais et les punaiser
sur son frigo, histoire
de prolonger le doux
sentiment de familiarité
qui s’est immédiatement
tissé avec eux. L’auteur
raconte unmicrocosme
en 16 instantanés. Autant
de courts chapitres qui
dessinent un village un soir
de juin, alors que la chorale
s’apprête à donner son
concert annuel. Apparaît une
société constituée de rendez-
vousmanqués ou de tendres
liens, etmarquée par la crise
financière de 2008. Une belle
photo de famille.
La Valse de Valeyri
de
Gudmundur Andri Thorsson,
Gallimard, 192 pages, 18 €
I .
Attention chef-d’œuvre
Ce roman du Norvégien
Knut Hamsun, publié
en 1890, est considéré
aujourd’hui comme un
textemajeur de la littérature
mondiale. Issu d’une famille
de paysans, vivant de petits
boulots et de pérégrinations,
le jeune homme écrivit
finalement ce texte qui lui
valut, 30 ans plus tard, le
Nobel. Sa langue raffinée
et sa description si fine des
ressorts de l’âme humaine,
torturée par les aiguillons de
la faim, firent l’admiration
des plus grands. À
commencer par André Gide
qui écrit :
« Combien toute
notre littérature paraît, auprès
d’un tel livre, raisonnable. »
Saluons la belle initiative de
cette jeunemaison d’édition
qui remet ce texte sur le
devant de la scène.
La Faim
de Knut Hamsun,
Editions Onze Treize,
260 pages, 12 €
et posent fièrement
sur Facebook avec le
phoque qu’ils viennent de
chasser. Ils sont de grands
consommateurs de tutoriels
en tout genre et goûtent cette
modernité qui démultiplie
leurs possibilités. Pour se
promener sur la banquise,
ils utilisent des GPS ultra
sophistiqués. Et rêvent
naïvement d’un avenir où
une grande compagnie
pétrolière viendra
définitivement les sortir de
leur autarcie.
En quelques lignes se
dessine la complexité de leur
existence et de leur avenir.
Akago
signifie demain en
groenlandais et si Nicolas
Dubreuil n’est pas certain
de savoir de quoi il sera fait
pour ce peuple qui rêve de
son indépendance, il écrit ici
un vibrant plaidoyer pour ses
amis. Sans apporter aucun
jugement, il décrit la réalité
de leur existence et nous
fait rencontrer quelques
irrésistibles autochtones. Au
sommet de leur bonhomie
lorsqu’ils voyagent en France
et tombent en admiration
devant nos pigeons
parisiens. La folie douce de
l’explorateur nous trimballe
de page en page entre
amusement, fascination et
trouble. NicolasDubreuil
nous assure que l’Arctique
est une fête. Un brin givrée !
Akago, Ma vie au Groenland
de Nicolas Dubreuil – Robert
Laffont, 252 pages, 19,50 €
CULTURE
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