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RDM Magazine
/ N°4 / juin–septembre 2016
pendant 40 millions d’années, poussant les continents cha-
cun de leur côté, si bien que le point chaud (supposé fixe) se
déplace vers la côte orientale du Groenland, passant même
sous une croûte continentale épaisse. Ce « pli » va peu à peu
se retrouver au-dessous de la croûte océanique mince, jeune
et donc plus fragile. Ces phénomènes géologiques vont créer
un rift très actif en bordure du Groenland et rendre finale-
ment inactive la ride d’Aegir. Pour schématiser, les magmas
basaltiques de la ride et ceux du point chaud se seraient ainsi
retrouvés pour créer l’Islande.
UNE ÎLE AC TIVE
L'île s'est donc créée à un moment où les rifts et les dorsales
océaniques s’écartaient en poussant continuellement les
plaques, provoquant de facto séismes et éruptions volca-
niques en cascade. Une suractivité favorisant le déplace-
ment des continents et l'émergence d'îles volcaniques sur
les dorsales. Le rift actuel dans lequel se concentre l'essen-
tiel de l'activité volcanique en Islande couvre ainsi environ
un tiers de l'île. Il est constitué de plusieurs zones de fis-
sures, larges de 5 à 10 km et longues de 30 à 100 km. L'activi-
té de ce rift se traduit par des séismes très fréquents mais de
faible magnitude, provoquant en moyenne un écartement
d'environ un à deux centimètres par an. Parcourant le pays
du nord au sud, ce rift est une partie émergée de la dorsale
médio-atlantique. Il s'agit du seul endroit du monde, avec
l'Afar dans la corne de l'Afrique, où le plancher d'une dor-
sale océanique est émergé.
EN ÉRUPTION
Quant aux volcans parsemant l'Islande, ils sont nombreux
et dans des états différents. Certains sont éteints comme
l’Herdubreid qui n'a connu aucune activité depuis au moins
50000 ans ! D’autres sont endormis comme le Snæfells,
l'Oræfajokull ou le Laki qui ne sont plus entrés en érup-
tion depuis plusieurs siècles. Une grande majorité de vol-
cans, comme l’Esjufjoll, l'Askja, le Katla, le Krafla ou encore
l'Eyjafjoll, sont en revanche bien actifs. L'éruption de ce der-
nier survenue en 2010 a même placé l'Islande sous les feux
des projecteurs de l'actualité internationale.
20 mars 2010, l'Eyjafjoll entre en éruption après 187 ans
d'inactivité. À une première phase éruptive de type
hawaïenne succède un deuxième épisode éruptif au som-
met de l'Eyjafjoll, dans la caldeira recouverte par l'Eyjafjal-
lajokull. Là dans cette vaste dépression circulaire à fond
plat, située au cœur de l'édifice volcanique (« caldeira » en
géologie), l'éruption est sous-glaciaire, produisant des ex-
plosions phréatiques qui percent la calotte glaciaire. Le choc
du chaud et du froid provoque un important panache vol-
canique qui se dirige vers l'Europe continentale. Ce nuage
de cendres volcaniques s'épaissit au point de constituer un
risque non négligeable pour l'aviation civile, ce qui entraîne
des annulations de vols par milliers et perturbe le trafic aé-
rien à l'échelle mondiale. Une belle pagaille. Le monde bra-
que ses yeux sur l'Islande et son volcan au nom difficilement
prononçable. Durant les 72 premières heures de l'éruption,
80 millions de m3 de cendres sont projetés, soit l'équivalent
de 200 millions de tonnes, contenant vraisemblablement
600 tonnes d'uranium et 1800 de thorium. Une radioactivité
et une toxicité équivalentes, selon des spécialistes, à l'accident
nucléaire de Tchernobyl survenu en 1986. L'éruption s'inter-
rompra officiellement en octobre 2010. Le pire ne s'est heureu-
sement pas produit, l'Europe occidentale a retenu son souffle.
L'Islande est de nouveau fréquentable pour les touristes.
GL ACIERS ET GEYSERS
Outre son importante activité volcanique, l'île est égale-
ment réputée pour ses geysers, ces sources d'eau chaude
qui jaillissent par intermittence en projetant à haute tem-
pérature et à haute pression de l'eau et de la vapeur. Le
terme même de geyser est d'ailleurs islandais, et provien-
drait du nom du plus célèbre d’entre eux, nommé Geysir et
situé à Haukadalur, dans le « cercle d'or » au sud de l'île.
Autre particularité de l'Islande : ses glaciers. Ces der-
niers ne couvrent que 11,1% de la surface terrestre mais ils
marquent de leur empreinte tout visiteur. Le Vatnajokull
est le plus imposant. Quand une activité volcanique se pro-
duit sous un glacier, l'eau résultant de la fonte peut mener à
une soudaine débâcle glaciaire. Conduiraient-ils au centre
de la Terre comme l’écrit Jules Verne en novembre 1864 ?
Voyage au centre de la Terre
raconte ainsi le voyage entrepris
par un savant allemand, son neveu et leur guide, entrant
par un volcan islandais éteint pour explorer les entrailles
de la Terre. L'Islande – cette « terre de glaces » ainsi bap-
tisée par les Vikings – n'en finira dès lors plus d'attirer les
visiteurs en quête d'une nature très sauvage, où le froid et
le chaud se côtoient et s'entrechoquent créant des paysages
sans nul autre pareils.
RdM
ISLANDE /
DOSSIER
TECTONIQUE DES PLAQUES
rift
faille
transformante
dorsale
océanique
continent
zone de
subduction
Islande
volcanisme
de dorsale
volcanisme de zone
de subduction
volcanisme
de zone de
subduction
cellule de
convection
cellule de
convection
1...,28,29,30,31,32,33,34,35,36,37 39,40,41,42,43,44,45,46,47,48,...108
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