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juin–septembre 2016 / N°4 /
RDM Magazine
DES QUOTAS AVEUGLES
Au-delà des dangers et des difficultés financières, l’enjeu
écologique par le biais des quotas imposés par l’Union euro-
péenne vient entraver la pérennité d’une vie faite de chasse
et de pêche. Depuis 1983, la politique commune de la pêche
règlemente cette activité partout en Europe, mettant de fait la
gestion des ressources halieutiques hors de contrôle des gou-
vernements nationaux. Le Groenland ne fait pas exception
en tant que province autonome danoise malgré son statut
particulier de territoire d’outre-mer au sein de l’Union. Cela
explique d’ailleurs en partie pourquoi les habitants avaient
majoritairement voté pour leur sortie de la Communauté eu-
ropéenne lors du référendumconsultatif du 23 février 1982.
Il en résulte des quotas précis régulièrement revus à la baisse,
attribués à chaque région, à chaque espèce et qui détaillent
également la taille du poisson et lemode de capture. La com-
mission baleinière a accordé aux habitants du Groenland au
titre de la chasse aborigène une autorisation dérogatoire de-
puis 2014 au grand dam des ONG. Par exemple, pour la sai-
son 2015-2016, 10 baleines à bosse pouvaient être capturées
dans la région ouest et 2 baleines boréales. Ajoutons que la
période de chasse est également règlementée : du 1
er
au 31
janvier uniquement pour la baleine à bosse. Chaque pêcheur
et embarcation doit bénéficier d’une licence. L’ours blanc
n’échappe pas à la réglementation : 25 pour toute la côte est.
Par ailleurs la vente de peau d’ours blanc, de corne de narval,
de viande de baleine et de phoque est interdite, ce qui res-
treint ces chasses à une simple consommation personnelle.
À de rares exceptions, ces quotas sont respectés. En 2015,
seules deux infractions ont été constatées et condamnées.
Il faut dire que la sanction est sévère : celui qui dépasse les
quotas perd au minimum son permis de chasse, c'est-à-dire
la possibilité de survivre dans les villages.
L A BANQUISE FOND
Les Inuit sont particulièrement affectés par le réchauffement
climatique qui touche le Groenland avec force. Celui-ci en-
traîne deux problèmes distincts qu’ont analysés les géo-
graphes Rémy Marion et Farid Benhammou. Tout d’abord
les icebergs qui se détachent des glaciers côtiers diminuent
de taille – pas plus de 40 m de haut – et leur dérive vers le sud
dérange les embarcations de pêche mais aussi les ravitaille-
ments en alimentation et pétrole effectués par bateau. Mais
aussi la diminution de la banquise ou plus exactement sa
fragilité due à sa faible épaisseur gêne les chasseurs qui ne
peuvent s’y aventurer en sécurité que de février à avril (au-
paravant la mer gelait en décembre pour fondre en juin). La
période de chasse s’en trouve considérablement réduite alors
que la viande de phoque, de baleine ou de renne permettait
jusqu’alors aux familles de subsister.
Aussi les petits villages qui possèdent tous un héliport, un
dispensaire, une école primaire et une antenne relais, ne
peuvent-ils survivre sans les subventions du Danemark :
520 millions d’euros par an, soit un quart du PIB groenlan-
Pêcher reste
souvent la
seule source
de revenus
DOSSIER
/ TERRE INUIT
© Shutterstock
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