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juin–septembre 2016 / N°4 /
RDM Magazine
L
es figures fantastiques héritées de la lit-
térature et des légendes islandaises as-
saisonnent encore l’imaginaire mondial
et continuent de réjouir les nombreux
lecteurs de textes scandinaves contem-
porains. Une tradition ancestrale d’un
peuple conteur qui dès l’époque mé-
diévale a produit des récits légendaires peuplés de héros et
d’êtres fantastiques qui ont traversé les siècles et les conti-
nents.
Ce que l’on peut définir comme une mythologie islandaise
se retrouve aujourd’hui sur nos écrans ou dans nos librai-
ries tout comme dans l’imaginaire des habitants actuels de
l’île. Prenez le dernier grand succès de Disney. On y trouve
d’adorables trolls qui pimentent le récit de
La Reine des neiges
.
Ces mignonnes créatures paraissent certes éloignées des
représentations originelles dans lesquelles elles étaient
souvent d’horribles géants dénués de louables intentions.
Mais la filiation est indéniable. Comment ne pas évoquer
aussi l’un des plus grands phénomènes littéraires de ces
dernières décennies, la saga
Harry Potter.
J. K. Rowling a
construit son imaginaire en
piochant dans des mytholo-
gies de tous horizons, dont
celles venues du Nord. Les
elfes chez l’auteure britan-
nique sont d’indispensables
compagnons, choses à tout
faire dévouées et rebaptisées
« elfes de ménage ». Poursui-
vons cette brève analyse et
convoquons les monstres du
box-office issus des studios
Marvel. On trouve parmi
eux Thor qui n’est autre que
le dieu du tonnerre dans la
mythologie nordique.
Comment expliquer la per-
manence des ces légendes ?
«
À l’art de raconter »
, affirme
Régis Boyer, un grand spé-
Les figures
fantastiques
héritées
de la littérature
islandaise
assaisonnent
l’imaginaire
mondial
cialiste de la littérature nordique et auteur de
Pourquoi il
faut lire Les Lettres du Nord
. Force est de reconnaître aux Is-
landais une maîtrise inégalée de cet art ! Inventer des his-
toires remonte chez eux au X
e
siècle, période qui a vu naître
les premières
Sagas
, récits en prose qui mettent en scène,
dans des phrases courtes mais extrêmement élaborées,
la vie héroïque des premiers habitants de l’île.
« Comment
est-il possible qu’une nation qui comptait alors 30 à 50000 âmes
ait produit une telle littérature ? »
, s’interroge Éric Boury, tra-
ducteur des plus grands auteurs islandais contemporains.
« Aujourd’hui encore, on ne sait pas comment ils purent autant
écrire. »
Autre fait remarquable, la langue islandaise ayant
très peu évolué, les aventures de Njall le Brûlé ou des Gens
du Val-au-Saumon ont traversé les âges et peuvent encore
se lire dans leur texte d’origine. Perdure donc une mémoire
du conte et de l’imaginaire. Tentez l’expérience de vous
promener en librairie et de recenser le nombre d’auteurs is-
landais. Rapportez-le à la population totale de l’île, à savoir
323000 habitants. Et savourez la blague qui assure que la
moitié de la population islandaise écrit pour l’autre moitié.
Mais il ne faut pas ignorer
non plus l’atmosphère qui
éclaire cette littérature.
« Il
y a la lumière, l’incroyable,
la fascinante, l’enchanteresse
lumière du Nord qui se joue
de toutes nos catégories men-
tales »
, analyse Régis Boyer.
La nature est en effet un
personnage à part entière.
Elle est le cadre qui fa-
çonne les personnages et
leurs vies, tant les condi-
tions climatiques de ce
pays y sont particulières.
Elle est également le ter-
reau d’intrigues policières
qui font fureur. L’envoû-
tant Arnaldur Indridason
a notamment construit
la trame narrative de son
dernier
roman
autour
DOSSIER
/ ISLANDE
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