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juin-septembre 2016 / N°4 /
RDM Magazine
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T ENUE DE SO I RÉE
Le plus beau pour aller danser
Par Laurent Dombrowicz ¬
Illustration Dorian Jude ¬
EN VRAC
/ MODE
P
our tous (et toutes),
il reste un modèle
d’élégance
intem-
porelle, voire de for-
malisme absolu. Et
pourtant… C’est le
futur Edouard VII
d’Angleterre, encore Prince de Galles
dans les années 1870, qui commande
au grand tailleur Henry Poole un cos-
tume dont la veste est raccourcie par
rapport à celle de la queue-de-pie
traditionnelle, afin de s’asseoir plus
confortablement aux tables de jeu.
Confort ? Oui, c’est bien de cela qu’il
s’agit. Il est vrai que dans l’Angleterre
victorienne, on ne badine pas avec
la bienséance et les codes de l’aris-
tocratie, dont beaucoup ont survécu
jusqu’aujourd’hui sous une forme ou
une autre. Vers 1885, cette
dinner jacket
traverse l’Atlantique pour devenir
tuxedo
et conquérir l’aristocratie new-
yorkaise. Tout au long du XX
e
siècle, il
accompagne le faste des cérémonies,
l’aventure du cinéma, la prodigalité
des bals mondains et devient syno-
nyme d’élégance masculine. Pour
pouvoir s’appeler
smoking
sans honte,
il doit être en drap de laine ou mohair
noir et arborer un revers de satin. La
veste et le pantalon, obligatoirement
coordonnés, se portent avec un nœud
papillon également noir, un gilet ou un
cummerbund
, sorte de ceinture large
et drapée.
La mode – celle des créateurs – em-
boîte le pas (de danse) dès les années
1970 avec des visions plus ou moins
conformes à cette description. Au fil
des décennies, il est devenu un pivot
dans les collections de Jean-Paul
Gaultier qui le malmène avec brio et
humour, ainsi que chez Tom Ford qui
habille Daniel Craig
alias
James Bond
à l’écran, réalisant un
jackpot
commer-
cial avec son
smoking
au léger parfum
rétro. Pour l’automne prochain, le bel
habit noir est d’humeur schizophrène :
classique chez Ralph Lauren et Bally, il
devient très impertinent chez Gucci,
DSquared et Saint Laurent où l’hu-
meur rock domine. Sans aller jusqu’ar-
borer la cravate américaine ou la laval-
lière qui sied mieux aux podiums qu’au
bal du capitaine, les plus élégants sau-
ront toutefois troquer le nœud papillon
noir contre des modèles plus fantaisie
comme le propose la jolie maison F.
Pour ceux qui veulent sortir des sen-
tiers battus sans pour autant jouer les
rebelles, la griffe parisienne Rives, spé-
cialisée dans le sur-mesure créatif, pro-
pose un
smoking
admirablement
fitté
dans de superbes tons de bleu, de vert
et de bordeaux. Quant au beau sexe,
il n’a pas attendu Yves Saint Laurent
pour le piquer aux hommes. Dès les an-
nées 30, Marlène Dietrich et Katharine
Hepburn le portent pour des moments
mythiques du 7
e
art. Mais quand le
couturier dévoile sa collection choc de
1968, c’est un véritable manifeste fémi-
niste qui révolutionne le monde feutré
de la haute couture. Avec son smoking,
Yves Saint Laurent donne le pouvoir
aux femmes avec ce symbole mascu-
lin. Aujourd’hui, le
smoking
au fémi-
nin a perdu son caractère subversif,
mais pas son chic incomparable. Re-
sexualisé par une attitude et un jeu de
coupes, il peut même à l’occasion en-
voyer la robe du soir dans les cordes.
Stefanie Renoma, fille de Maurice Re-
noma qui habilla jadis de ses
smokings
le couple Gainsbourg-Birkin, propose
plusieurs modèles de
smokings
fémi-
nins aux détails sexy et aux finitions
plus que parfaites. La Franco-Liba-
naise Racil Chalhoub est également
sur la brèche avec une collection de
smokings
de couleur ou de pièces qui
évoquent le modèle original avec un
subtil décalage.
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