Magazine #5 RDM - Rivages du Monde - page 19

octobre–janvier 2016–2017
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N°5
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RDM Magazine
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DANS LA VAGUE
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TENDANCES POLITIQUES
Il y a 50 ans, De Gaulle en Russie soviétique
Du 20 juin au 1
er
juillet 1966, le général De Gaulle effectue un voyage en Union soviétique. Lui qui
s'était déjà exprimé en 1959 en faveur d'une «Europe de l'Atlantique à l'Oural», cherche à s’émanciper
de la tutelle américaine sur le camp occidental. Cette position singulière suscite un grand intérêt à
Moscou où la France est donc devenue un partenaire important.
C'est pour lui une nouvelle occasion d'affirmer l'indépendance de la politique étrangère française et
de renouer avec une amitié franco-russe séculaire : il prenait d'ailleurs grand soin de toujours nommer
l’URSS « Russie ». Le général est reçu avec d'autant plus de sympathie que quelques mois plus tôt en
février, il a annoncé le retrait de toutes les forces françaises du commandement intégré de l'OTAN
et exigé l'évacuation de toutes les bases étrangères placées sur le territoire français.
Au cours de ce voyage, il est reçu au Kremlin et à l'Hôtel de ville de Moscou, il se rend à Léningrad,
Kiev, Volgograd (l'ancienne Stalingrad), Novosibirsk en Sibérie, il visite des usines, une centrale
électrique, des musées, Akaemgorodok la ville nouvelle où travaillent les plus grands cerveaux
soviétiques… Il est le seul Français à pouvoir visiter Zverdograd le célèbre cosmodrome. Le chef
de l’État place sa visite sous le signe de la coopération économique, culturelle, scientifique et
technique, fixant un cadre officiel aux relations bilatérales. En six mois, un dispositif ambitieux, sans
équivalent dans l'histoire des relations Est-Ouest, est élaboré par les administrations française et
soviétique. Cependant, les espoirs soviétiques de voir la France s’écarter du bloc occidental ont vite
été déçus, car le pays est resté systématiquement fidèle à l’alliance américaine dans les moments
de crise.
car l’application des sanctions diplomatiques décidées par
l’Union européenne conduit à suspendre certaines formes
d’échanges institutionnels ; de l'autre, elle a entraîné une
multiplication des contacts de haut niveau en raison de l'im-
plication française pour la résoudre. La venue en France de
Vladimir Poutine, invité par François Hollande pour le 70
e
an-
niversaire du Débarquement, a créé le format dit « Norman-
die » qui associe la France, l'Allemagne, la Russie et l'Ukraine
pour négocier la paix. Les avancées concrètes des accords
conclus à Minsk en février 2015 tardent à venir et les sanctions
politiques et économiques ont été prolongées jusqu'en 2017,
tout comme l'embargo sur les produits alimentaires décidé
en représailles par les Russes. Mais la crise ukrainienne est
loin d'être le seul dossier traité lors des rencontres. Lors d’une
réunion le 20 avril dernier entre le ministre russe des Affaires
étrangères Sergueï Lavrov et son homolgue français Jean-
Marc Ayrault, ce dernier a déclaré : «
Nous poursuivons notre
coopération dans les transports, l’aérospatiale, l’aéronautique et le
secteur énergétique, nous procédons à des échanges au niveau acadé-
mique et dans les domaines de la recherche et de la culture.
» Autant
d’enjeux qui aumême titre que la lutte contre le terrorisme ou
la prolifération nucléaire intéressent la Russie, membre per-
manent duConseil de sécurité de l'ONU comme la France.
RdM
(*) En vertu d'un accord conclu en 1997 entre les deux États, la Russie a versé
400 millions de dollars pour solde de toutes créances avant 1945, à charge
pour les Français de les reverser aux 315219 porteurs d'emprunts russes qu'ils
ont recencés. Des particuliers, descendants des souscripteurs, tentent néan-
moins encore de faire valoir leurs titres auprès des Russes.
Le président français Charle de Gaulle (au centre) partant avec le premier ministre soviétique
Aleksey Nikolayevich Kosygin (1
er
rang à gauche) après avoir visité la tombe du Soldat inconnu à
Kiev en juin 1966
© TASS � AFP
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