Magazine #5 RDM - Rivages du Monde - page 28

RDM Magazine
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N°5
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octobre–janvier 2016–2017
28
A
u tout début du XX
e
siècle, les Ballets russes sont probable-
ment la compagnie de danse la plus célèbre en Europe. Di-
rigés par Serge de Diaghilev, qui les créent en 1907, ils comptent
dans leurs rangs les meilleurs éléments du théâtreMariinsky de
Saint-Pétersbourg, l’un des théâtres de la troupe impériale. En
1909, la compagnie entame une tournée internationale et c’est
en 1911 queDiaghilev se sépareduBallet impérial. La compagnie
devient alors privée et s’installe àMonte-Carlo, Paris et Londres
mais sans jamais s'attacher à aucun théâtre en particulier. L’in-
fluence des Ballets russes est majeure sur la danse et lamusique
de l’époque : Diaghilev engage les meilleurs. S’il n’est pas artiste
lui-même, c’est à coup sûr un grand amateur d’art, et surtout,
un fin dénicheur de talents. Il parvient ainsi à réunir une équipe
composéedesplusgrands:GeorgeBalanchineetVaclavNijinski
pour la danse, Alexandre Benois pour les décors et la scénogra-
phie et bien sûr Igor Stravinsky pour la musique. Ainsi, chaque
fois que les Ballets montent sur scène, c’est un véritable chef-
d’œuvre d’art total qui se déploie sous les yeux dupublic.
Véritable manager avant l’heure, il se veut le garant du succès
commercial de son entreprise. C’est en 1909 au théâtre duChâ-
telet que les Ballets russes se produisent pour la première fois
à Paris. Le succès est immense car Diaghilev connaît le besoin
d’exotisme dupublic occidental. Lesœuvres les plus appréciées
sont celles qui montrent un caractère nettement « oriental » ou
« russe ». Les
Danses polovtsiennes
de Borodine,
L’Oiseau de feu
de
Stravinsky et
Shéhérazade
de Rimski-Korsakov comptent ainsi
parmi lesœuvres les plus applaudies par le public français. C’est
au public parisien que Diaghilev réserve toutes les audaces,
comme
LeSacreduprintemps
,crééen1913surunemusiqued'Igor
Stravinsky dans le tout nouveau théâtre des Champs-Élysées.
Le Sacre
demeure l’œuvre emblématique des Ballets russes et le
synonyme de la modernité en ce début de siècle. Attentif aux
nouveautés, il fait ensuite appel à des compositeurs comme
Satie, Ravel, Poulenc et des peintres comme Picasso, Matisse,
Chirico ou encore Miro. Les Ballets donnent leur dernière re-
présentation à Vichy le 4 août 1929. La troupe ne survit pas à son
fondateur, décédé à Venise le 19 août 1929.
RdM
Au début du XX
e
siècle, un vent de modernité
venu de Russie souffle sur la danse.
Révolution, scandale, profusion de talents :
rien ne sera plus jamais comme avant.
Par David Dibilio
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L A L ÉGENDE
DES BALLETS
RUSSES
Nijinski : du
Faune
à la folie
Si Michel Fokine, Léonide Massine, George
Balanchine et Bronislava Nijinska sont des artistes
majeurs, la légende des Ballets russes se confond
avec celle de Vaslav Nijinski. Entré très jeune à
l'école impériale, l'adolescent taciturne ne s'éveille
qu'à la barre et au studio. À 16 ans, il est déjà
célèbre et bondit à des hauteurs improbables,
semblant suspendu en l'air. Quand Serge de
Diaghilev a l'idée en 1909 d'emmener à Paris
une élite de danseurs russes, il prend Nijinski pour
étoile. Après les succès sans mesure qu'il obtient
comme danseur dans Cléopâtre et Le Spectre de
la rose, il se lance dans la chorégraphie à partir
de 1912 avec L’Après-midi d'un faune et en 1913
Le Sacre du printemps. C’est la rupture avec les
traditions académiques mais aussi la naissance de
scandales. Dans L'Après-midi d'un faune, il danse
tout le spectacle au sol alors que le public est venu
voir le virtuose… qui ne fera qu’un seul petit saut.
Dans Le Sacre du printemps, les danseurs évoluent
les pieds en dedans, contrairement à toute la tra-
dition classique. En 1917, à 27 ans, c’est le début
de la folie dont son célèbre journal témoigne. Il
meurt à Londres à 60 ans. Il est enterré au cime-
tière Montmartre à Paris.
DANSE
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CULTURE
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