Magazine #5 RDM - Rivages du Monde - page 41

octobre–janvier 2016–2017
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N°5
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RDM Magazine
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L’ IMP ENS A BL E E T
I N T R ADU I S I BL E
« âme rus se »
AndréMarkovicz est unanimement reconnu pour
ses traductions en français des grands auteurs
russes. Cependant l’identité profondément russe
des œuvres de Pouchkine, Tchekhov ouDostoïevski
reste parfois intraduisible.
Entretien réalisé par Nariné Karslyan
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Illustration Dorian Jude
¬
RDM : Pour commencer, pourriez-vous nous raconter
votre rapport à la langue russe ?
André Markovicz :
Quand nous disons que nous parlons
russe, ce n’est pas tout à fait vrai. On parle surtout la langue
des personnes qui nous ont appris le russe. Dans mon cas,
ce sont deux femmes, ma grand-mère et ma grand-tante
qui me l’ont appris. La langue de ma grand-tante est celle
de Tchekhov, de ses personnages, et je m’en suis rendu
compte en traduisant Tchekhov. C’est la langue de l’intelli-
gentsia russe d’avant la révolution, où tous baignaient dans
un même état de langue et dans un même rêve d’émanci-
pation par la culture, la beauté. Ce n’est pas une langue de
grand discours, mais vive et empreinte d’humour et d’iro-
nie, où beaucoup passe par le non-dit.
RDM : Parlez-nous de votre première rencontre avec
Eugène Onéguine
, ce roman fondateur où Pouchkine
invente la langue russe moderne ?
A. M. :
Pouchkine vient surtout de ma grand-mère. Elle
me lisait
Onéguine
quand je ne dormais pas. Dans ma
rencontre avec Pouchkine, il n’y a pas vraiment eu de hié-
rarchie : d’abord les contes ensuite les nouvelles... Je crois
que ça s’est passé comme cela dans toutes les familles rus-
sophones. En Russie, chacun peut réciter de larges extraits
de ce roman-poème qui fait partie de la vie quotidienne.
Chaque vers d’
Onéguine
constitue quasiment un proverbe.
DOSSIER
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LA LITTÉRATURE RUSSE
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