Magazine #5 RDM - Rivages du Monde - page 51

octobre–janvier 2016–2017
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N°5
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RDM Magazine
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L
e théâtre du Bolchoï, antre moscovite de célébrissimes
fantômes, est une institution qui se prête à tous les
rêves et tous les fantasmes. Tout le monde connaît,
même de façon très floue, sa réputation. Les plus férus
en connaissent l’histoire, les histoires de la grande
Histoire qui s’y sont déroulées, les enjeux et les péripé-
ties dont il a été l’objet. Les aficionados y ont assisté à
d’inoubliables moments d’art lyrique dont il est un des
grands temples. Le Ballet du Bolchoï pour qui aime la danse en est une de
ses plus illustres émanations.
De son nom toutes les Muses surgissent et les étoiles qui enluminent
nos ciels intérieurs s’éclairent, une à une, nombreuses. Tant d'immenses
créateurs, entre ses murs, ont ébloui le monde. Pourtant, il demeure un
lieu secret. En vérité, personne ne connaît jamais vraiment ce phénix
qu'est le Bolchoï, et moins encore l’extraordinaire polyphonie qui se joue
en sous-sol.
À l’heure des photographies de Bruno Aveillan, en mars 2010,
Die Fleder-
maus
, opérette de Johann Strauss, habite tous les artistes et personnels du
Bolchoï en cours de rénovation. L’œuvre du compositeur viennois entrait
à son répertoire pour la première fois de son histoire. À 48 h de la soirée
de création,
La Chauve-Souris
hante tous ses protagonistes, telle qu’elle se
doit. Soit absolument. Chacun a l’extrême conscience d’être un maillon
d’une chaîne complexe, précieuse dont la fragilité ne souffre l’imperfec-
tion. L’effervescence est croissante, tous sont liés les uns aux autres, pour-
tant chaque être s’est retiré en soi-même, le rôle prend possession de toute
la place qui lui est due.
Du sous-sol au plafond, en passant par la scène, étages, couloirs, coursives,
loges, salles de danse, bruissent de textes que l’on répète, de costumes que
l’on essaie, vibrent de cordes, de musiques et de chants en écho. Cet effort
surhumain se déploie, imperceptible, invisible au profane. L’énergie inté-
rieure se diffuse d’être en être, du fond de toutes les âmes en présence. La
métamorphose prend corps. Invité privilégié aux répétitions, Bruno Aveil-
lan en a extrait une substantifique moelle dont témoigne sa série
Bolshoï
Underground
.
Par Zoé Balthus,
critique d’art et écrivain
¬
* Bolshoï underground, Bruno Aveillan
Au-delà du raisonnable Éditions Ducros Lafaille
200 pages, 88 photographies
Le Nid
PORTFOLIO
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BRUNO AVEILLAN
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