Magazine #5 RDM - Rivages du Monde - page 76

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RDM Magazine
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N°5
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octobre–janvier 2016–2017
F
ranck Dusseigneur est installé depuis 2003 en Rus-
sie et travaille depuis 2012 au château de Talus à Ge-
lendzhik. Cet ingénieur viticole de 40 ans y cultive
à 80% des cépages rouges (merlot, cabernet sauvi-
gnon, cabernet franc, krasnostop) qui lui permettent de produire
des vins complexes, élégants et de garde, dans la plus pure tradi-
tion bordelaise :
« Ce sont des vins boisés aux notes de baies noires, de
prunes,d'épicesdouces.»
«Avant de venir enRussie, je travaillais enFrance, à la caveMazandans
leVaucluseentantqueresponsablequalité.Jesuistombésuruneannonce
pour un poste d'ingénieur au château le Grand Vostock à Krimsk. J'ai
répondu, et quelque temps après, nous partions avec ma femme, Gaëlle
Brulon,nousinstallerlà-bas.Aprèsplusieursannées,jesuisreconnupour
mon expertise et la qualité de mes vins. C'est agréable d'évoluer dans ce
contexte. »
Une raisonqui le fait rester enRussie.
TERRE DE LA VIGNE
Loin d’être récente, la Russie entretient une longue histoire,
parfois chaotique, avec le vin. On le sait peu, mais la région
du Caucase est considérée comme le berceau de la culture de
la vigne. Les plus anciennes traces de production de vin y re-
monteraient au V
e
siècle avant J.-C. L’industrie vinicole russe
connaît ses heures les plus fastes à la fin du XIX
e
siècle – qui
voit naître les célèbres maisons Abrau-Durso, Massandra,
Novyi Svet –, avant de décliner progressivement durant la pé-
riode soviétique et d’être sérieusement mise àmal par la vaste
campagne orchestrée par Gorbatchev, la « loi sèche », contre
la consommation d’alcool entre 1985 et 1987. Elle renaît de ses
cendres depuis le début des années 2000.
C’est principalement au sud du pays, dans la région qui borde
la mer Noire, que se situe aujourd’hui la quasi-totalité des
exploitations viticoles.
« Le climat méditerranéen est le plus pro-
pice du pays à la culture de la vigne, les régions situées plus au nord
connaissent parfois jusqu’à 8 mois de gel »
, explique Oleg Boudaev,
conseiller export en vin et spiritueux au bureau de Moscou de
Business France.
On trouve les terroirs les plus intéressants dans la région de
Krasnodar, de Sotchi à Anapar, où les grandes maisons pos-
sèdent leurs vignobles, ainsi que dans la région de Rostov, ter-
roirs de quelques grands producteurs de vins mousseux.
Les principaux cépages qui sont cultivés en Russie sont, pour
les blancs, le chardonnay, sauvignon blanc, muscat, et le ca-
bernet sauvignon, merlot et moldova pour les rouges.
« La surface du vignoble russe recouvre actuellement 63000 Ha, et
atteint 93000 Ha si l’on inclut la Crimée »
, précise Oleg Boudaev.
En 2014, la Russie était le 11
e
pays producteur au monde, 60%
de la production vinicole russe provenait encore en 2015 de
l’embouteillage de matières premières importées en vrac
d’Afrique du Sud, d’Italie et d’Espagne, selon un rapport pu-
blié par Business France.Mais les choses changent. Les raisins
de Crimée prennent notamment depuis peu le relais.
L’EXPERTISE FRANÇAISE
Beaucoup reconnaissent aujourd’hui que le secteur vinicole
russe effectue de formidables efforts,malgré un contexte éco-
nomique et financier défavorable. Certains prédisentmême que
la qualité de la production viendra d’ici quelques décennies ta-
lonner les plus grands pays producteurs de vin.
Patrick Léon, œnologue-star mondialement reconnu, assure
lui aussi que les perspectives de développement en Russie sont
prometteuses :
« On peut y faire d’excellents vins, et c’est ce que nous
faisons déjà à Lefkadia [domaine situé à côté deKrimsk, ndlr.], depuis
une dizaine d’années maintenant. Le contexte est très favorable pour y
produire de grands vins qui sont déjà renommés enRussie. »
Connus de quelques happy-fewétrangers, certains vins concur-
rencent désormais les plus grands crus du monde dans les
concours internationaux. Un résultat en partie lié à la transition
culturelle qui s’opère aujourd’hui en Russie et qui s’explique par
le travail fourni dans les vignobles, par l’attention portée durant
la phase d’élevage, mais aussi par la formation du goût. Le pays
s’est également engagé depuis peu vers unemeilleure lisibilité et
une meilleure information des terroirs et des vins locaux. Et les
Français ne sont pas complètement étrangers à ce phénomène :
« Plusieurs consultants hexagonaux qui interviennent en Russie parti-
cipentaurenouveaudelaviticultureetdelaviniculturelocalesetilexiste
aujourd’hui de très bonnes écoles d’œnologie à Moscou »
, reconnaît
pour sa part Patrick Léon.
S'ilestencoredifficile depouvoir seprocurer enFrance quelques
bonnes bouteilles de vin russe, les choses devraient évoluer.
D'ici-là, un voyage enRussie s'impose !
RdM
© Yuri Kravchenko / Shutterstock
VIN
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EN VRAC
La Russie renoue depuis plusieurs années avec la
qualité de sa production vinicole. Les Français ne
sont pas pour rien dans ce phénomène.
Par Florian Chavanon
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RUSS I E ,
l’aut re pat r ie du vin
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