RDM Magazine #6 - Rivages du Monde - page 26

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RDM Magazine
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N°6
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mars–juin 2017
EXPOSITIONS
/
CULTURE
© Frans Krajcberg
F R ANS K R A J CBERG.
La nature de l’ar t
En l’invitant toute une année à occuper une résidence au sein du
programme
« Empreintes »
, le musée de l’Homme rend un hommage
appuyé à l’engagement écologiste de Frans Krajcberg, sculpteur et
photographe militant. Son travail plastique, annonciateur du land art
ou de l’arte povera, investit la poésie d’un esprit de révolte.
Par Florian Gaité
¬
D’
origine juive polonaise,
Frans Krajcberg com-
mence à peindre en
1939, alors en convales-
cence, après avoir été mobilisé comme
soldat dans l’Armée rouge. De sa fa-
mille exterminée durant la Shoah, il
garde le motif du « feu destructeur »,
récurrent dans son œuvre. Après avoir
séjourné à Stuttgart puis brièvement
en France – il y rencontre Fernand
Léger et Marc Chagall – il se rend
au Brésil où il intègre rapidement le
monde de l’art, notamment nommé
directeur de l’accrochage de la pre-
mière biennale de Sao Paulo. C’est
là que naît sa passion pour la nature,
Frans Krajcberg, un artiste en résistance
Jusqu’au 18 septembre 2017
Musée de l’Homme (Paris)
Espace Krajcberg
Exposition permanente
21 avenue du Maine 75015 Paris
peignant en plein cœur de la forêt
amazonienne qui devient le lieu et l’ob-
jet de son combat pour la cause envi-
ronnementale. En 1957, il demande sa
naturalisation, puis remporte le prix
du meilleur peintre brésilien. Dès lors,
sa vie partagée entre Paris (où il fré-
quente Braque et Dubuffet), Ibiza et
l’Amazonie, Krajcberg expérimente
divers arts pour saisir les singularités
de la flore. Il se met à la photographie,
au collage et à la pyrogravure, réa-
lise des « empreintes de rochers et de
terres », puis ses muraux monochro-
matiques à ombres découpées et ses
« bois polis » qui feront son succès.
Au milieu des années 1970, son en-
gagement prend un tour plus mili-
tant. Il cosigne avec Pierre Restany et
Sepp Baendereck le
Manifeste du na-
turalisme intégral
après qu’ils ont tous
trois remonté le Rio Negro. Court
pamphlet écologique, le texte plaide
pour un « état de sensibilité » ou « de
conscience » planétaire, opposant la
globalisation de la perception à lamon-
dialisation économique et industrielle.
En 2013, avec Claude Mollard, il en
radicalise les termes face à l’urgence
climatique et y ajoute une éthique de
la création artistique. Il s’attache parti-
culièrement à défendre la biodiversité,
à lutter contre le réchauffement clima-
tique et apporte un plein soutien aux
peuples amérindiens, menacés par la
société industrielle.
À 95 ans, il est aujourd’hui reconnu
dans le monde entier pour ses sculp-
tures monumentales, à la plasticité
filaire, réticulaire (lianes ou racines
de palétuviers), ou ses réalisations en
terre, en écorce brûlée, en charbon vé-
gétal ou en pierres, disséminées dans
le musée de l’Homme à travers trois
parcours thématiques. Œuvres-signa-
tures, ses arbres-totems concilient
l’onirisme des formes végétales et
l’étrangeté des arborescences, plaçant
Frans Krajcberg au plus près de l’ex-
traordinaire créativité de la nature.
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