RDM Magazine #6 - Rivages du Monde - page 28

RDM Magazine
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N°6
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mars–juin 2017
26
RDM:Ce trèsbeau livre regroupeprincipalement des es-
quisses de paysage et quelques portraits de femmes. On
découvre également que vous avez toujours dessiné des
bateaux. Ils sont pour vous profondément inspirants ?
Titouan Lamazou :
Les bateaux, les voiliers, oui, mais pas
seulement. Je me suis toujours intéressé à l’architecture, et
même à celle du corps humain. Jeune, j’ai reproduit les des-
sins anatomiques de Vinci par exemple. Et la beauté des ba-
teaux, la simplicité des lignes d’eau me font rêver, quasiment
autant que lorsque j’étais dessus.
RDM : Vos œuvres sont accompagnées d’un entretien
avec Jean de Loisy, le président du Palais de Tokyo. Et
ce qui est frappant, ce sont vos constantes références
littéraires.
T. L. :
Oui, j’ai une vision de la vie très romanesque. Je lis
énormément. Et j’ai voyagé pour rencontrer certains auteurs
que l’ai lus passionnément. Par exemple je suis allé au cœur
du Brésil et j’ai séjourné dans les États du Goias et du Minas
parce que c’est là qu’est né, qu’a vécu et où João Guimarães
Rosa a inscrit son œuvre. J’ai découvert des régions de non-
chalance, d’une quiétude réelle.
RDM : À 19 ans, vous décidez de rejoindre les Antilles en
bateau stop. Cette première épopée transatlantique fut-
elle fondatrice pour vous ?
T I T OUAN L AM A ZOU :
l �ar t de la fugue
Le peintre, ancien navigateur – il fut le premier vainqueur
duVendéeGlobe – présente un demi-siècle d’esquisses et de
photographies réalisées dans lemonde entier dans un albumparu
chezGallimard. Il voguemaintenant vers son utopie : un bateau
atelier, ou comment l’art et la navigation ne feront plus qu’un.
Interview de Francine Thomas
¬
T. L. :
J’ai très peu apprécié le séjour sur ce voilier, j’étais très
malade. Ce qui est assez normal d’ailleurs, on commence à
s’amariner au bout de huit jours. Je suis devenumarin au fil des
milles. J’ai par ailleurs découvert que ma préférence, dans les
voyages maritimes, allait aux arrivées. Je me rappellerai toute
ma vie de mon arrivée, tout doucement, dans le petit port de
Castries à Sainte-Lucie, au bout d’un mois de mer. C’était ro-
manesque.
RDM : Vous expliquez avoir été perçu à vos débuts
comme un artiste par vos coéquipiers, puis considéré
comme unmarin dans le monde des artistes. Comment
vous définissez-vous ? Un artiste voyageur ?
T. L. :
Je suis un artiste, simplement. Ceux qui travaillent dans
des ateliers, on ne les appelle pas des artistes sédentaires. J’ai
toutefois cette singularité d’avoir trouvémon inspiration dans
le mouvement. Et ça a influencé mon travail, ne serait-ce que
d’un point de vue économique ! Quand on voyage avec un sac,
on ne trimballe pas tout son matériel. C’est pour cette raison
que je veux voir se réaliser mon vieux rêve de
bateau atelier, pour voyager avec tout ce dont
j’ai besoin. Habiter dans un atelier nomade,
c’est un idéal de vie pour moi.
RDM:Surtoutquevousn’yserezpasseul…
T. L. :
Non, j’accueillerai dans chaque port
un écrivain, un philosophe ou un chercheur.
J’irai d’abord aux Antilles, avec Dany Lafer-
rière et Lyonel Trouillot. Et au-delà de la di-
mension artistique, nous développerons un
travail éducatif. L’avantage de notre monde
connecté, c’est que nous pourrons être
perdus dans les Caraïbes tout en étant en
contact avec 100000 écoles. Rendez-vous
fin 2018, j’espère !
RdM
Titouan Lamazou,
Œuvres vagabondes 1965-2015
,
Gallimard, 256 pages, 25,90 €
INTERVIEW
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CULTURE
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