RDM Magazine #6 - Rivages du Monde - page 39

mars–juin 2017
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N°6
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RDM Magazine
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DOSSIER
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AU TEMPS DES PAQUEBOTS
l'Amirauté, lance en 1906 le
Lusitania
et le
Mauretania
, deux
sisterships
(navires jumeaux) magnifiques et extrêmement ra-
pides qui possèdent un système novateur de propulsion par
turbines à vapeur. Le
Lusitania
récupère le Ruban bleu à sa
deuxième traversée en 1907, devenant le premier à franchir
l'Atlantique en moins de cinq jours.
Quand la guerre éclate en juin 1914, le
Lusitania
est réquisi-
tionné par la Royal Navy qui décide finalement de lui conser-
ver son service commercial avec les États-Unis, pays neutre.
Le 1
er
mai 1915, il embarque ses passagers à New York pour sa
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e
traversée vers une Europe à feu et à sang. L'Allemagne
a averti que les navires battant pavillon ennemi pouvaient
être détruits dans les eaux entourant les îles britanniques.
Le 7 mai, l'un de ses redoutables sous-marins, l'U-20, repère
le navire britannique à environ 12 milles marins de la pointe
sud de l’Irlande et lance une torpille vers 14 heures. Une deu-
xième explosion endommage le bateau qui sombre en moins
d'une demi-heure. Il n'y aura que 761 rescapés (289 membres
d'équipage et 472 passagers), pour près de 1198 morts, dont
128 Américains. Durant plusieurs jours, on repêche des corps
d'hommes, de femmes, d'enfants et de bébés qui parfois
s'échouent sur les plages irlandaises.
La presse anglo-saxonne des deux rives de l'Atlantique se dé-
chaîne contre le Kaiser. Certains points n'ont pas été entiè-
rement éclaircis sur les circonstances du drame. L'origine de
la deuxième détonation, par exemple : l'hypothèse d'une se-
conde torpille étant aujourd'hui écartée, reste celle de l'explo-
sion d'une chaudière ou celle d'une cargaison clandestine de
munitions dont les Britanniques admettront l'existence seu-
lement dans les années 1970. L'absence d'escorte de la Royal
Navy apparaît comme une erreur, mais alimente aussi la thèse
d'un sacrifice du bateau pour précipiter l'entrée en guerre
des États-Unis. Souhaitant éviter l’intervention américaine,
l'Allemagne sanctionne le commandant du U-Boot et sus-
pend la guerre sous-marine. Mais lemal est fait dans l'opinion
américaine.Quanddeux ans après lenaufrage, lesAméricains
déclarent, le 6 avril 1917, la guerre à l’Allemagne, la propagande
attise le sentiment anti-germanique de la population avec le
slogan « Souvenez-vous du
Lusitania
».
LE
MARTINIÈRE
POUR LES CONDAMNÉS AU BAGNE
(1921-1938)
Après l'armistice, une partie de la flotte allemande est remise
aux Alliés au titre des réparations. C'est le cas du
Duala
en
1919. Construit en Angleterre, il avait été lancé en 1912 sous
le nom d'
Armanistan
, puis était passé sous pavillon germa-
nique, l'année suivante, sous le nom du plus grand port du
Cameroun, alors possession allemande, qu'il reliait de-
puis Hambourg. Le ministère des Colonies cède le
Duala
à la Compagnie nantaise de navigation à vapeur (CNNV)
qui assure par contrat depuis 1891 le transport des forçats
vers les différents bagnes. Celui-ci doit remplacer
La Loire
qui, avant-guerre, assurait la traversée vers la Guyane des
déportés (politiques), des transportés (condamnés aux tra-
vaux forcés pour une durée de cinq ans minimum par les
cours d'assises) et des relégués (délinquants multirécidi-
vistes). Réquisitionné pendant le conflit,
La Loire
avait été
coulé par un sous-marin allemand.
La CNNV fait transformer le bateau en prison flottante à
l'arsenal de Lorient. Quatre faux ponts goudronnés et sépa-
rés par des cloisons étanches ont été divisés en huit grandes
cages, appelées « bagnes ». Dotées de solides barreaux, elles
peuvent recevoir chacune jusqu'à 80 prisonniers. Pour tout
mobilier, des bancs en bois, solidement boulonnés pour ne
pas servir d'arme et des crochets fixés à une barre de fer pour
accrocher les hamacs et les sacs. Le réseau de tuyauterie
traversait les cages et, en cas de révolte, la cinquantaine de
surveillants embarqués pouvait actionner une manette pour
projeter de l'eau brûlante sur les condamnés. Rebaptisé le
Martinière
, le navire commence en 1921 sa nouvelle carrière.
Il « charge » les hommes à la citadelle de Saint-Martin-en-Ré
où ils ont été rassemblés. Commence une éprouvante na-
vigation, ponctuée par une douche collective d'eau de mer
directement dans les cages avec une lance à incendie, une
promenade d'une heure sur le pont et les repas (peu variés,
mais convenablement caloriques). Il faut au moins deux se-
maines pour rallier Saint-Laurent-du-Maroni, avec parfois
une escale à Alger. Le
Martinière
revenait en métropole qua-
siment à vide.
Le
Lusitania
devient en
1907 le premier
navire à franchir
l’Atlantique
enmoins de
cinq jours
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