RDM Magazine #6 - Rivages du Monde - page 40

RDM Magazine
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N°6
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mars–juin 2017
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« Une ville flottante »
Jules Verne est le premier à avoir utilisé cette expression, titre d‘un de ses romans qui se déroule sur
le Great Eastern, lancé en 1858. Construit sur les bords de la Tamise, ce navire est le plus long et
le plus gros de son époque, d'une capacité de 4000 passagers. « Ce steamship est un chef-
d'œuvre de construction navale. C‘est plus qu'un vaisseau, c'est une ville flottante, un morceau
de comté détaché du sol anglais, qui après avoir traversé la mer, va se souder au continent
américain », écrit Jules Verne, qui a effectué une traversée à son bord. Après des débuts difficiles
et seulement douze voyages, ce premier géant des mers, peu rentable, est reconverti pour poser
le premier câble télégraphique transatlantique.
AU TEMPS DES PAQUEBOTS
/
DOSSIER
En 1931, il se rend à Saigon pour éloigner en Guyane des
condamnés du bagne de Poulo Condor par crainte d'une
rébellion nationaliste. Deux convois de 700 Indochinois
étaient prévus (et seront payés), mais un seul convoi de
535 matricules arrivera en Guyane, à cause des interven-
tions de la gauche contre les déportations politiques et de
la réprobation croissante de l'opinion publique. Le dernier
bateau-prison est revendu en juillet 1939 à la Marine natio-
nale, transformé en ponton flottant à Lorient où il est coulé
en juin 1940 lors d'un bombardement britannique. Trans-
formé en batterie anti-aérienne par les Allemands, il restera
sans utilisation après la guerre jusqu'à sa démolition à Saint
Nazaire en 1955.
LE
FRANCE
Dans l'entre-deux-guerre, le
Normandie
, le seul paquebot de
ligne français à avoir conquis le Ruban bleu en 1935, a été une
véritable gloire nationale. Réquisitionné par les États-Unis
au début de la Seconde Guerre mondiale, il était en chantier
quand il a chaviré en 1942 dans le port de New York à cause
d’un incendie. Après la Seconde Guerre mondiale, la ques-
tion se pose d'un nouveau
liner
qui fasse oublier cette bles-
sure et rétablisse le prestige français face à la concurrence.
Après des années de débats sur l'intérêt économique du
projet, la Compagnie générale transatlantique prend en 1956
la décision de le faire construire aux Chantiers de l'Atlan-
tique à Saint Nazaire. C'est de là qu'est lancé le 11 mai 1960
le
France
(*), en présence de sa marraine Yvonne de Gaulle.
Au cours d'une cérémonie retransmise à la télévision en eu-
rovision, le général de Gaulle, président de la République,
salue «
l'une des grandes réussites que la technique française offre
en hommage à la patrie
». Son succès est réel, mais sa mise en
service entre Le Havre, Southampton et New York intervient
alors que la part de marché des paquebots de ligne se réduit
d’année en année au profit de l’avion.
De grandes croisières, notamment deux autour dumonde en
1972 et 1974, ne permettront pas d'équilibrer les comptes. Au
printemps 1974, le gouvernement décide de ne plus subven-
tionner son exploitation. La mutinerie de son personnel le
11 septembre à l'entrée du port du Havre et son occupation
(89 jours au total) ne le sauveront pas. «
Nem'appelez plus jamais
France, la France, elle m'a laissé tomber
», chante Michel Sardou.
Celui qui était l'emblème de la France des Trente glorieuses,
devient, amarré pendant des années au quai de l'oubli, le
symbole d'un changement d'époque. Rebaptisé
Norway
en
1979 par son nouvel armateur, il a ensuite navigué comme
paquebot de croisière. Il finit démantelé dans les chantiers
d'Alang en Inde en 2006 sous le nom de
Blue Lady
.
RdM
(*) Il est le troisième bateau de la Compagnie générale transatlantique à por-
ter ce nom après les
France
de 1865 et de 1912.
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