RDM Magazine #6 - Rivages du Monde - page 42

RDM Magazine
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N°6
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mars–juin 2017
40
LA TRANSAT
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DOSSIER
C
hez les marins, une « transat » ne
laisse guère que deux possibilités.
Il y a ceux qui sont en train de la
vivre et ceux qui rêvent d’y re-
tourner. Car comme souvent dès
qu’il s’agit de prendre la mer, une
fois qu’on y a goûté, difficile de s’en
passer.
L’année qui vient de s’écouler en est le parfait exemple pour
Samantha Davies. La navigatrice britannique, élue « yacht-
man de l’année 2009 » et régulièrement aux avant-postes
danslesplusgrandescourses,a,àseulement42ans,21trans-
atlantiques à son actif. Et une furieuse envie qui la démange
de remettre le cap à l’ouest. «
Il n’y a pas beaucoup d’années
qui se passent sans que je ne fasse une transat, voire plusieurs…
»,
confie-t-elle avec un sourire. Une fois n’est pas coutume,
2016 aura été de ce côté-là une année blanche. Besoin de
se reposer, de passer du temps avec son fils Ruben et de
permettre à son compagnon Romain Attanasio, skipper
lui aussi, de mener à bien l’aventure du Vendée Globe, la
course en solitaire autour dumonde la plus difficile qui soit.
Il fallait bien ça pour réfréner ses envies, bien titillées au fil
des semaines par le fait de suivre les exploits de ses cama-
rades de jeu depuis la terre ferme.
De Plymouth à Newport, de Pointe-à-Pitre à Saint-Malo,
de Lorient à Lorient, de Belle-Île-en-Mer à Marie-Galante,
de Québec à Saint-Malo, du Havre à Salvador de Bahia, les
occasions et les façons de traverser l’océan Atlantique sont
multiples : en 1876, déjà, l’Américain Alfred Johnson avait
été le premier à réussir ce défi en solo. Et à en croire tous ces
loups de mer de compétition, quels que soient leur âge et
leurs horizons, jamais la routine ne peut s’installer.
«
C’est à chaque fois complètement différent
», confirme Anne
Combier, championne du monde de voile 1994 et ancienne
membre de l’équipe olympique reconvertie dans le marke-
ting et la communication sportive. «
Moi, ma première transat,
je l’ai faite avec Florence Arthaud. J’avais à peine 20 ans
,
j’avais ré-
pondu à une petite annonce alors que je n’avais jamais fait de voile,
on était en équipage-école et on reliait Pointe-à-Pitre à Saint-Malo
sur un bateau de 15 m. On était sept à bord et au bout d’une grosse
semaine, une tempête s’est déclenchée. Le vent est monté, tellement…
Je ne sais pas pourquoi, son intuition peut-être, Florence m’a dit :
“Anne, tu dois prendre le relais, je crois qu’il faut que je me
repose maintenant.”
Et on s’est relayées 48 h, elle n’a passé la
barre à personne d’autre. Moi, ça faisait 8 jours que je faisais de la
voile ! Instinctivement, je me suis mise à barrer dans des vagues qui
mesuraient… je ne vous dis même pas ! Du coup, je suis arrivée de
l’autre côté de l’Atlantique et c’est à cet instant que j’ai compris que
c’était ce que j’avais envie de faire. Une révélation était née durant
cette traversée.
»
1. Éric Tabarly
2. Michel Desjoyeaux
3. Samantha Davies
© Samantha Davis : AFP/C. Triballeau / Michel Desjoyeaux : Transat Jacques-Vabre DPPI, DR / Éric Tabarly : DR
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