RDM Magazine #6 - Rivages du Monde - page 45

mars–juin 2017
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N°6
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RDM Magazine
43
DOSSIER
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INTERVIEW
Enfant déjà, il traversait le monde à la voile en famille. Après une trentaine d’années passées à parcourir
les océans, le navigateur s’est lancé dans un pari un peu fou : celui de débarrasser lamer des tonnes de déchets
en plastique qui y sont déversés chaque année.
Par Florian Delisle
¬
'est clairement le combat
de ma vie. J’ai eu une car-
rière avec 20 ans de com-
pétition et 10 ans d’aven-
tures,j’aimerais que les
prochaines années soient
dédiées à la nature et à la
planète. »
Celui que l’on
surnomme le gladiateur
des mers est déterminé. Yvan Bourgnon entend mener à
bout au plus vite le projet piloté avec son association The
Sea Cleaners : construire un bateau gigantesque et révo-
lutionnaire. Baptisé le
Manta
, il s’agit d’un quadrimaran
géant de 72 m de large et de 60 m de long avec à l’arrière un
système de râteau pour collecter en mer les détritus avant
de les piéger.
Il faut dire que la tâche est immense : chaque année, nous
déversons près de huit millions de tonnes de déchets dans
les océans. Des chiffres en constante augmentation en rai-
son de l’expansion démographique. Si bien qu’en 2050, il y
aura plus de plastique dans l’eau que de poissons, selon les
prévisions. «
Il y a une urgence extrême au même titre que le ré-
chauffement climatique
», affirme le navigateur, témoin direct
au fil des années de cette prolifération.
C’est d’ailleurs à la suite de son dernier exploit – un tour du
monde sur un catamaran de sport non habitable et sans
assistance – bouclé il y a quelques mois, que cette idée un
peu folle lui est venue : «
J’étais vraiment au ras de l’eau et j’ai
pu voir au plus près ces plastiques se prendre sans arrêt dans mes
gouvernails et mes dérives. Quand tu arrêtes ton bateau plusieurs
dizaines, parfois même des centaines de fois par jour, et que tu
vois 100 déchets autour de toi, que tu es obligé de ramasser pour
pouvoir poursuivre, il y a un vrai ras-le-bol. C’est général chez les
skippers. Pendant les compétitions, ils n’arrêtent pas de taper des
objets. On le voit sur le dernier Vendée Globe, où il y a de nom-
breux abandons à cause de ça !
»
Cette triste réalité, hors de question pour lui de s’en accom-
moder. Pour mener à bien sa mission, le marin s’est entouré
d’une équipe de spécialistes et, ensemble, ils ont fait appel
à la générosité des internautes via une campagne lancée
sur une plateforme de financement participatif. Le public a
aussitôt largement adhéré à ce beau projet : plus de 150000
euros ont été récoltés en fin d’année dernière, soit près du
double de l'objectif fixé. Une somme qui va permettre de
finaliser les recherches pour mettre au point dès cette an-
née une version miniature d’un collecteur test. De l’étude
à la construction, si tout se passe comme prévu, le premier
navire pourrait prendre le large et entrer en action d’ici 2021
ou 2022. Probablement dans les zones les plus contaminées
comme l’océan Indien.
Et si nettoyer les océans, c’est bien, Yvan Bourgnon en-
tend aller au-delà et donner une dimension éducative à ce
projet : «
Quand on va revenir à terre et déverser sur les quais les
600 m
3
de déchets récupérés et leur dire : "Vous avez vu ce que vous
avez rejeté en mer en seulement quelques semaines ?" Je pense que
là, on aura un vrai rôle de sensibilisation.
» Un combat qui se
mène donc à tous les niveaux. Même si le navigateur dit de-
voir pousser des murs, il se montre plus qu’optimiste sur la
réussite de ce défi. Avant cela, c’est un autre qui l’attend :
emprunter en solitaire une nouvelle route océanique dans
le nord canadien, le passage du Nord-Ouest. Une voie de-
venue praticable à cause de la fonte de la banquise, consé-
quence du réchauffement climatique. Un autre fléau dont il
devrait être encore une fois le bien triste témoin.
RdM
Y VAN BOURGNON :
le net toyeur des mers
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