RDM Magazine #6 - Rivages du Monde - page 50

RDM Magazine
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N°6
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mars–juin 2017
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LES SURVIVANTS D'UN MONDE PERDU
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DOSSIER
LES SURV I VANT S
D ’ UN MONDE
P ERDU
Que sont devenus les Indiens d’Amazonie ?
Décimés par la colonisation et les maladies,
assimilés aumonde moderne par unmétissage
volontariste, leur territoire recule sans cesse
devant l’exploitation de la forêt amazonienne.
De ces peuples, il ne reste que quelques îlots
de résistance ou d’isolement. État des lieux
au cœur de l’Amazonie.
Par Alain Dayan
¬
e me souviens encore du jour où l’instituteur
– je devais être au cours moyen – nous a expli-
qué que les hommes qui accueillirent Chris-
tophe Colomb, lors de son voyage historique
de 1492, étaient des Indiens, et qu’il les appela
ainsi pensant être arrivé aux Indes ! Quelle his-
toire ! Jusqu’à cet instant, les seuls Indiens que je
connaissais s’appelaient Cochise ou Geronimo
et se battaient contre des cow-boys. Bien plus tard j’appris que
les Indiens rencontrés par Colomb à Cuba étaient des Tainos
alors que ceux approchés en 1500 par Pedro Alvarez Cabral, le
découvreur du Brésil, étaient des Tupis Guaranis.
DES ORIGINES
Les uns comme les autres sont les descendants de chasseurs
venus de Sibérie au cours de la période de glaciation qui com-
mence aux environs de 30000 ans avant notre ère. Franchis-
sant le détroit de Béring transformé en pont de glace entre
l’Asie et l’Amérique, ils colonisent par vagues successives le
continent américain, de l’Alaska jusqu’à la Patagonie. Au fil
de leur migration millénaire, ils se sédentarisent et donnent
naissance, s’adaptant à leur environnement, à de grandes
civilisations : les Aztèques sur les plateaux mexicains, les
Mayas dans la Selva du Yucatan ou les Incas dans les vallées
de la Cordillère des Andes. Mais quel héritage les Indiens
d’Amazonie, arrivés dans la région autour de 10000 ans
avant notre ère, ont-ils légué à leurs descendants ?
L’AMAZONIE ÉPARGNÉE ?
Bien que le navigateur espagnol Vicente Pinzon ait décou-
vert dès l’an 1500 l’estuaire de l’Amazone et que Francisco de
Orellana en 1542 en descende le cours du Pérou jusqu’à l’At-
lantique, l’Amazonie n’intéresse pas les conquistadors. Les
Espagnols sont trop occupés à piller les richesses des empires
andins et les Portugais à exporter le bois-brésil en attendant
d’introduire la culture de la canne à sucre et donc l’esclavage
des Africains.
Epargnés par la conquête et la colonisation, les Indiens
d’Amazonie poursuivent donc leur mode de vie ancestral,
regroupés en trois groupes linguistico-culturels distincts. Les
Tupis-Tupis Guaranis occupent le littoral et les bords du « Pa
ra », leGrand océan, ainsi qu’ils appellent l’Amazone très large
à cet endroit.
Les Arawaks et les Karibs quant à eux se partagent l’immen-
sité de la forêt amazonienne que traversent des milliers de
fleuves, de rivières et d’igarapés, petits cours d’eau qui voient
le jour pendant les périodes de crues.
Pour les peuples d’Amazonie, le fleuve est unmoyen de trans-
port, un vivier riche de centaines d’espèces de poissons. Ses
rivages sont des espaces propices à la culture du manioc et la
forêt une réserve de fruits tels que le cupuaçu, la noix du Bré-
sil, l’açai, ou le guarana, sans oublier les plantes miraculeuses
dont ils connaissent le pouvoir de soigner lesmaux du corps et
de soulager les tourments de l’esprit.
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Epargnés par
la colonisation,
les Indiens
d’Amazonie
poursuivent
donc leur
mode de vie
ancestral
© Gleison Miranda / FUNAI/Survival / AFP
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