RDM Magazine #6 - Rivages du Monde - page 51

mars–juin 2017
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N°6
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RDM Magazine
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DOSSIER
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LES SURVIVANTS D'UN MONDE PERDU
LE CALVAIRE AMÉRINDIEN
Ayant consolidé leurs positions sur le littoral atlantique,
les Portugais commencent à s’intéresser à l’Amazonie. En
1619 ils fondent la ville de Belém et 50 ans plus tard celle de
Manaus. Pour les Indiens d’Amazonie, c’est le début d’un
long calvaire. Les missionnaires évangélisent à tour de
bras et regroupent des milliers d’Indiens dans les missions.
Colons et aventuriers européens s’unissent aux Indiennes et
donnent naissance à une nouvelle populationmétissée : « les
Caboclos ».
Plus tard, au XIX
e
siècle, des milliers de « seringueiros nor-
destins » viennent recueillir la sève de l’hévéa, appelé par les
Indiens « caoutchouc », le bois qui pleure. Puis vient le tour
des chercheurs d’or, les « garimpeiros », des compagnies fo-
restières et pétrolières et pour terminer en 1970 des hordes
d’engins de travaux publics creusant la « Transamazonienne ».
Décimés par tant d’ennemis et par les maladies qu’ils ap-
portent avec eux, les Indiens succombent. Audébut de la colo-
nisation en 1500, on estime leur nombre entre 5 et 10millions.
Cinq siècles plus tard, ils ne sont plus que 250000 à 300000
dont lamoitié en Amazonie.
EN RÉSISTANCE
Àpartir de 1910, des organismes d’État ont étémis en place afin
de protéger les Indiens mais leurs décisions ne furent jamais
appliquées. Spoliées de leurs terres depuis des centaines d’an-
nées, les tribus indiennes continuent malgré tout et tant bien
quemal à préserver leur langue, leurs coutumes et leur identité.
Les 20000 Yanomanis, par exemple, dont le territoire se si-
tue au nord de l’Amazonie le long du Rio Negro, continuent
à chasser et à vivre sous de grands auvents circulaires abritant
200 à 300 personnes. Le chamane y exerce toujours un pou-
voir important et, sous l’emprise d’hallucinogènes, convoque
les esprits pour dialoguer avec eux.
Les Tikunas – environs 40000 – vivent sur les bords de l’Ama-
zone, à la frontière du Pérou, du Brésil et de la Colombie. Ne
croyant pas en une vie dans l’au-delà, ils cherchent à retrouver
l’immortalité perdue en s’isolant dans la forêt.
Chez les Kayapos, regroupés dans vallée du Rio Xingu, dans
l’État du Para, la vie est rythmée par des rituels et des célébra-
tionscommecelledu«Bemp»aucoursdelaquelleilspratiquent
les danses et les chants de leurs ancêtres. Quand une mort
survient dans la tribu, ils placent le corps en dehors du village.
Pendant plusieurs semaines la famille apporte de la nourriture
au défunt pour aider son esprit à retrouver le chemin du village.
Les Kayapos bénéficient depuis 1993 d’un décret présidentiel dé-
limitant leur réserve. Un résultat obtenu par le chef Raoni grâce
au soutien très médiatique du chanteur anglais Sting.
Et puis il existe des tribus presque totalement isolées, comme
les Matis qui tuent leurs proies en lançant des flèches empoi-
sonnées à l’aide de sarbacanes ou les Awas, chasseurs-cueil-
leurs nomades, qui se déplacent en permanence, notamment
la nuit, en s’éclairant avec des torches enduites de résine d’un
arbre : lemaçaranduba.
ET DEMAIN ?
Combien de temps ces peuples autochtones réussiront-ils à
préserver leur mode de vie face à l’ambition du Brésil de de-
venir l’une des grandes puissances du XXI
e
siècle en tirant
profit des richesses naturelles considérables dont il dispose
notamment en Amazonie ? Personne ne peut apporter de
réponse à une telle question.
Dans ce contexte, le développement d’un écotourisme res-
ponsable géré par les communautés indiennes peut contri-
buer modestement à préserver une partie du patrimoine
amazonien. Il s’active déjà en certains endroits du Brésil,
du Pérou et de l’Équateur.
Et puis il y a les Caboclos. Face à l’extermination des tribus
indiennes, ces « hommes du fleuve » sont les dépositaires
d’une partie de la connaissance millénaire des peuples de
l’Amazone, un trésor transmis par leurs ancêtres indiens.
Si un jour vous visitez Belém, allez faire un tour au marché
Ver-O-Péso. Vous y verrez les Caboclos sortir de leurs sacs de
véritables trésors, des plantes médicinales cueillies le matin
même dans le secret de la forêt : le jatoba contre l’anémie, le
xixuau contre les rhumatismes ou le carapanauba pour lutter
contre la malaria et les fièvres des forêts.
Longtemps ignorés, voire moqués par la médecine moderne,
ces remèdes sont regardés aujourd’hui avec un peu plus de
respect. On se demandait quel héritage les Indiens d’Amazo-
nie avaient légué à leurs descendants ? On a une réponse.
RdM
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