RDM Magazine #6 - Rivages du Monde - page 77

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mars–juin 2017
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N°6
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RDM Magazine
EN VRAC
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SPORT
CR I S T I ANO RONA L DO :
retour à Madère
D
e sa maison natale de la
freguesia
de Santo An-
tonio, sur les hauteurs
de Funchal, il ne reste
qu’une vague idée. Et la vue à couper
le souffle sur la baie. En 2005, la mo-
deste bâtisse a été rasée pour laisser
place à un parking, mais pour com-
prendre Cristiano Ronaldo, c’est
par là qu’il convient de commencer.
D’imaginer le bruit, sourd, d’un ballon
de football qu’un gamin n’a de cesse
de faire rebondir sur les murs, ou de
dribbler, comme un prolongement de
son corps et de son âme. De profon-
dément ressentir que le football, c’est
toute la vie de cet enfant de Funchal :
depuis le Noël de ses 3 ans où son par-
rain lui en a fait cadeau, Cristiano Ro-
naldo dos Santos Aveiro n’a plus quit-
té son ballon – petit, il dormait même
avec – car il en a fait son meilleur ami.
Son rempart contre une vie familiale
difficile.
Dernier d’une fratrie de quatre, il
n’avait pas franchement été désiré.
Entre une maman cuisinière, aimante
mais très souvent absente car mul-
tipliant les heures supplémentaires,
un père jardinier municipal porté sur
la bouteille, un frère de dix ans son
aîné très tôt sujet à des problèmes de
drogue, deux sœurs elles aussi trop
grandes pour voir en lui davantage
que le bébé de la famille, une chambre
où les quatre enfants s’entassaient et
l’argent qui manquait, la vie de « Cris-
tianinho » n’était pas un cauchemar,
mais pas un conte de fées non plus.
Pas encore. Le football donc. Pas un re-
fuge fantasmé, bien au contraire : il est
vite apparu que, ballon au pied, le petit
Cristiano était bon. Excellent, même.
À 9 ans, sous les couleurs d’Andorin-
ha, son premier club, il se démarque.
Il n’y restera pas longtemps : Nacional,
l’un des trois clubs de Madère jouant
en Liga, le repère puis l’année d’après,
à 12 ans, il s’envole pour Lisbonne et le
Sporting, à 1000 km de chez lui. Là,
Cristiano qui souffre du mal du pays et
est souvent moqué en raison de son ac-
cent insulaire, y travaille, déjà, plus que
quiconque : séances de coups francs
sous tous les temps, musculation, il
exercemême en tant que ramasseur de
balle pour le club et envoie à la maison
son salaire (l’équivalent de 5 euros par
match). Une éthique de travail et un
talent indéniable qui tapent dans l’œil
d’Alex Ferguson, alors manager star de
Manchester United lors d’un déplace-
ment des Red Devils à Lisbonne. Au
point qu’il le veut dans son équipe.
À 18 ans, voici Cristiano Ronaldo
lancé dans le grand bain en Grande-
Bretagne, l’un des meilleurs cham-
pionnats du monde. Il n’y déçoit pas et
sa légende est dès lors en marche. Un
peu moins de 15 ans plus tard, désor-
mais attaquant vedette du Real Ma-
drid, quadruple Ballon d’or et capitaine
de la Seleção championne d’Europe,
CR7 (son surnom en raison du numéro
floqué sur son maillot) est devenu l’un
des meilleurs footballeurs du monde.
Même si ses postures, son caractère,
son attrait pour le clinquant ou la
haute opinion qu’il a de lui-même ont
de quoi énerver, son talent, lui, ne fait
pas de doute. À Funchal, samaison na-
tale a certes disparu, mais aujourd’hui
la ville compte un musée Cristiano
Ronaldo, une statue de 3 m de haut à
son effigie, une boutique de vêtements
de sa marque, un hôtel 5 étoiles à sa
propre enseigne…
Même l’aéroport international de l’île
a été rebaptisé à son nom. Comme
une reconnaissance naturelle : s’il est
une superstar, Cristiano Ronaldo n’a
jamais oublié que ses racines étaient à
Madère. D’ailleurs, l’été dernier, alors
que l’île était sujette à des incendies
dévastateurs, il a spontanément tenu
à apporter une aide financière consé-
quente ; en toute discrétion.
RdM
L’attaquant vedette du Real Madrid, quadruple Ballon d’or et champion d’Europe
avec le Portugal, est l’un des footballeurs les plus célèbres de la planète.
Et lameilleure image de marque qui soit pourMadère, dont il est originaire.
Myrtille Rambion
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