RDM Magazine #6 - Rivages du Monde - page 78

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RDM Magazine
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N°6
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mars–juin 2017
Ayahuasca, quinquina, huito, tabac…L’Amérique
du Sud compte à elle seule 60000 espèces de plantes
médicinales sur les 300000 dénombrées à travers
le monde. Pas étonnant alors que les Amérindiens
conservent un rapport étroit avec la nature.
Chrystèle Mollon
¬
L E V I DA L D ’AMÉR I QUE
L
orsque les Européens explorent leNouveauMonde,
du temps des conquistadors, ils découvrent, émer-
veillés, la richesse botanique et la pharmacopée
des Indiens d’Amérique. Il faut dire que tous les
autochtones connaissent ces plantes et s’en servent pour se
nourrir, s’habiller ou se soigner. Difficile de savoir comment
ils déterminent leurs propriétés thérapeutiques… probable-
ment par la méthode des essais et erreurs et l’observation des
végétaux consommés par les animauxmalades.
Ces remèdes sont généralement administrés en infusions
ou ingérés, soit appliqués sur la peau. Samir Boumediene,
chercheur au CNRS et auteur d’un ouvrage sur le sujet*, ex-
plique qu’«
autour de l’acte de soins se noue une véritable relation
de pouvoir
» : le guérisseur, grâce à son savoir, peut soit guérir
soit punir. Chaque plante peut en effet constituer un remède
ou un poison selon la posologie et la dose choisies. Le guéris-
seur, personnage très respecté dans sa communauté, trans-
met son savoir et son pouvoir oralement.
La pratique de cette médecine rituelle est inséparable de la
religion, de la magie, de la divination… ce que les mission-
naires espagnols et portugais observent avec circonspec-
tion. Difficile pour eux de comprendre cette conception de la
médecine plus proche de celle des Asiatiques que de la leur,
avec une vision holistique du corps, du cœur et de l’esprit.
«
Les peuples autochtones ne voient pas non plus d’un bon œil arriver
les colons européens. Ils se montrent très réticents à partager leurs
connaissances des plantes, de leur utilisation
», renchérit Samir
Boumediene.
«
Au fil des années, à cause de la concurrence des sorciers européens
ou africains, la médecine devient un marché et on passe d’une rela-
tion de pouvoir à une relation marchande
». Dès le XVII
e
siècle,
les Européens organisent des expéditions botaniques et
scientifiques, preuve de leur grand intérêt pour les plantes
amérindiennes.
Aujourd’hui, ce savoir traditionnel tend à se perdre : la défo-
restation et l’aspiration des Indiens à la modernité entraîne
la disparition progressive des peuples qui vivent dans la forêt
amazonienne. D’après l’ethnobotaniste FrançoisCouplan, les
Indiens les plus isolés, les plus marginalisés aussi, se soignent
encore essentiellement par la médecine traditionnelle et
conservent cette connaissance réelle de leur milieu. Ceux
qui ont migré vers les villes se laissent davantage tenter par la
médecine occidentale, quitte à revenir ensuite à la médecine
traditionnelle.
RdM
SANTÉ
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EN VRAC
Quelques plantesmédicinales
Ayahuasca : mélange de lianes hallucinogène
et vomitif.
Ipécacuanha : racine émétique qui pousse près
des mines d’or, très utilisée aux siècles derniers
pour soigner la dysenterie.
Quinquina : soigne les fièvres et la malaria.
Baume de copaïba : cicatrisant, également
utilisé en cosmétique.
Échinacée : renforce le système immunitaire,
combat les infections et la fièvre. Elle est également
utilisée comme traitement antiseptique pour les
rhumes, la toux et la grippe.
Rocou : plante souvent utilisée en association
avec le chocolat, et aujourd’hui encore comme
colorant pour les aliments (mimolette, haddock).
© Adobe Stock
RDM Magazine
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N°6
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février mai
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Samir Boumediene,
La colonisation du savoir, Une histoire des plantes médici-
nales du Nouveau Monde
, 1492-1750, édition des Mondes à faire, 2016.
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