RDM MAG#7 - page 19

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octobre 2017–mars 2018
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N°7
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RDM Magazine
DANS LA VAGUE
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TENDANCES POLITIQUES
«N
ous espérons que les négociations en cours
conduisent rapidement à une solution à
long terme qui permette à l'université d'Eu-
rope centrale de rester à Budapest »
, indi-
quait fin mai l'institution privée anglophone, saluant l'ou-
verture de discussions entre le gouvernement hongrois et le
gouverneur de l'État de New-York où elle est accréditée.
Sans un accord américano-hongrois, la CEU (Central Eu-
rope University), internationalement reconnue pour son
excellence, ne pourrait plus inscrire de nouveaux candidats
à partir de janvier 2018 et devrait fermer ses portes en 2021,
selon les dispositions d’une loi adoptée le 4 avril. Installée à
Budapest depuis 1993, elle accueille chaque année quelque
1500 étudiants en sciences humaines et sociales venant de
plus de 110 pays, dont 400 Hongrois, et des enseignants
d'une quarantaine de nationalités.
La loi, adoptée par une procédure accélérée, prévoit no-
tamment de priver d’autorisation les instituts universitaires
étrangers n'ayant pas de campus dans le pays où ils ont leur
siège. Or, des 24 établissements étrangers sur le sol hon-
grois, la CEU est la seule à ne pas satisfaire à cette exigence.
Le gouvernement hongrois n'a d'ailleurs jamais caché que
« l’université de Soros » était visée par cette loi.
Car autant que l'institution, son fondateur George Soros est
dans le collimateur du gouvernement qui en a fait l'ennemi
public numéro 1. Né à Budapest en 1930 et émigré aux États-
Unis, l'homme a bâti son énorme fortune en spéculant sur
les cours de change – il est celui qui a fait « sauter la banque
d’Angleterre » en 1992. Le milliardaire utilise une partie de
cet argent pour promouvoir les valeurs libérales et démocra-
tiques dans lemonde. Ironie de l'histoire, le premier ministre
hongrois Viktor Orban a lui-même bénéficié d'une bourse de
la fondation Soros pour étudier à Oxford quand il était un
jeune opposant au communisme à la fin des années 1980.
Mais la « société ouverte » prônée par Soros qui finance aus-
si nombre d'organisations caritatives via son Open society
Foundations, n'a pas aujourd'hui les faveurs du pouvoir en
Hongrie. La crise des migrants cristallise cette opposition.
Viktor Orban qui refuse les quotas de réfugiés prévus par
l’Union européenne, accuse régulièrement le milliardaire
d'avoir
« conçu, partiellement financé et organisé »
ce qu'il quali-
fie de politique pro-migrants en Europe.
Malgré des manifestations pour défendre l'université d'Eu-
rope centrale, des pétitions d'universitaires hongrois et
étrangers, des appels de prix Nobel, des pressions interna-
tionales, une menace de sanction de la part de l'Union eu-
ropéenne qui a lancé une procédure d'infraction, le gouver-
nement n'a concédé que l'ouverture de négociations. Avec la
volonté de sortir de la crise ou avec l'objectif de faire traîner
les choses pour décourager l'institution ?
RdM
UN I V ERS I T É SOROS :
le combat des valeurs
L'université d'Europe centrale à Budapest a assuré la rentrée 2017-2018. Mais pourra-t-elle rester
enHongrie ? La prestigieuse institution privée anglophone est menacée par une loi visant à la chasser
du pays. Son sort est lié au bras de fer que se livrent le premier ministre Viktor Orban et son fondateur,
le milliardaire américain d'origine hongroise George Soros.
Par Sylvaine Frézel
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Illustration Dorian Jude
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