RDM MAG#7 - page 31

31
octobre 2017–mars 2018
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N°7
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RDM Magazine
© Oezguer Albayrak / Digitalcollections
CULTURE
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LIVRES
L I V RE S
Par Francine Thomas
¬
I I I .
Budapest rhapsodie
Ouvrir un livre et écouter
la mélodie qui s’en échappe,
s’en laisser imprégner,
accepter ses changements
d’humeur et faire sienne
son chant universel. Voilà
l’expérience à laquelle va
devoir se soumettre le
lecteur de
La Nuit des
enfants qui dansent
. Ce
roman placé à l’épicentre
d’un monde en mutation
est une mélopée triste,
un chant nostalgique,
qui gagne petit à petit en
vigueur et en rythme,
le staccato cédant
finalement la place à une
allègre polyphonie pleine
d’optimisme.
« La girouette Hongrie grince
sous les vents tournants »,
écrit
Franck Pavloff. L’un des
héros est le rescapé d’une
jeunesse malmenée par
les nazis avant de tomber
sous le joug soviétique.
Il escorte ici un jeune
orphelin – il s’en est fallu
de peu qu’il soit son fils – et
une ingénue jeune fille dont
la naïveté tente de rayer
I .
Comme un boomerang
C’est l’histoire d’une
prémonition : celle d’un
auteur qui en 1922 écrit un
pamphlet visionnaire sur
l’antisémitisme.
Deux ans après, l’ouvrage
est adapté au cinéma.
Cette fable rebondit l’année
dernière quand la pellicule
de la version originale
disparue réapparaît grâce
à un collectionneur. Une
campagne de financement
participatif est alors lancée
par la cinémathèque
autrichienne pour la
restaurer. Et le don d’un
Américain anonyme, qui
explique simplement être
bouleversé par l’élection
de Donald Trump, permet
de compléter la cagnotte.
Parallèlement, Belfond
décide de rééditer le
manuscrit. Voici donc deux
chefs-d’œuvre, littéraire
et cinématographique, à
redécouvrir.
La Ville sans juifs,
de Hugo
Bettauer, Belfond, 192 pages,
17 €
I I .
Tours et détours d’un
joyeux garçon
Si Lorenzo da Ponte n’avait
pas lui-même écrit ses
mémoires, il aurait fait un
magnifique personnage
de roman. Ce jeune italien
sémillant, qui cultivait
le goût du verbe et des
frasques, devint au gré de
ses pérégrinations poète
impérial de Joseph II.
Il collabora avec Mozart
pour qui il écrivit les
livrets des
Noces de Figaro
ou encore de
Dom Juan
.
Leur collaboration offrit
au génie autrichien une
reconnaissance qui lui
échappait alors à Vienne.
« Il y demeurait obscur et
méconnu, semblable à une
pierre précieuse qui, enfouie
dans les entrailles de la
terre, y dérobe le secret de sa
splendeur. »
Merci da Ponte de nous
l’avoir révélé !
Mémoires, par le librettiste
de Mozart,
de Lorenzo da
Ponte, Mercure de France,
390 pages, 9 €
une enfance maltraitée. Et
il fallait un drôle d’endroit
pour cette rencontre. Ce
sera Budapest, tentée par
une rance claustration face
à l’arrivée de migrants,
bousculée au même
moment par une jeunesse
européenne venue des 4
coins du continent pour
assister au plus grand
festival de musique en plein
air du Vieux Monde, le
fameux Sziget ! Cette fête
iconoclaste programme,
sur une île du Danube,
Goran Bregovic et Robbie
Williams, Zaz et Prince.
Dans cette galerie de
miroirs où l’histoire et
l’actualité se cognent à
des réalités glacées, il
fallait glisser avec poésie
quelques germes d’espoir,
la volonté farouche de
ne pas laisser les erreurs
d’hier se reproduire à
l’infini. Chaque personnage
s’y attache avec grâce, à
la faveur du talent d’un
écrivain dont la discrète
virtuosité n’a d’égale que
la justesse de la plume. Le
jeune héros Zal peut danser
sur sa corde, escorté par
ses oiseaux de paradis.
Le temps d’un roman,
il a pansé ses plaies et
celle d’une Europe qui se
cherche. La nuit, les enfants
dansent, en paix.
La Nuit des enfants qui
dansent
, de Franck Pavloff,
Albin Michel, 288 pages,
19,50 €
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