RDM MAG#7 - page 36

RDM Magazine
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N°7
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octobre 2017–mars 2018
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Freudaurait
dit qu’elle avait
unebisexualité
psychique
très prononcée
L’ÂGE D’OR DE L’EMPIRE AUSTRO-HONGROIS
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DOSSIER
RDM : Comment analysez-vous qu’aumoment de son
couronnement, elle ne devienne pas reinemais roi de
Hongrie, comme la tradition l’oblige ?
É. B. :
Ce jour-là, le matin, elle est somptueusement habillée,
avec des bijoux, un diadème. Elle a tous les signes de la féminité
la plus éblouissante. Mais l’après-midi, elle devient quasiment
une incarnation masculine, puisqu’elle est contrainte à obser-
ver un rite très viril, celui de monter à cheval à califourchon,
l’épée à la main, une colline qui surplombait Presbourg, au-
jourd’hui devenue Bratislava, lieu où se déroulait la cérémonie.
Avec cette épée elle devait montrer les quatre points cardinaux
poursignifierqu’elleprotégeraittoutelaHongrie.Elles’yestprê-
téeetelleaparfaitementréussi.C’esttoutelaquestiondeMarie-
Thérèse, elle est à la fois extrêmement féminine et elle en use
avec beaucoup d’habilitée et de sens politique, mais elle est en
même temps très virile. Freud aurait dit qu’elle avait une bi-
sexualité psychique très prononcée.
RDM : Si Marie-Thérèse endosse pleinement cette
fonctionmasculine, pourquoi n’a-t-elle jamaismené
ses troupes aux combats ?
É.B.:
D’abordçane s’est jamais fait dans l’histoirede l’Autriche.
Et surtout en étant constamment enceinte pendant 20 ans, elle
ne pouvait pas à la fois porter un enfant et être sur un cheval
pour se battre, ce n’est pas possible. C’est d’ailleurs pour cela
qu’elle a institué une corégence avec sonmari.
RDM : Comment va-t-elle gérer ces si nombreuses
maternités ?
É.B.:
Ça lui confèreunedoublepuissance. Pour lapremière fois
depuis 50 ans, la lignée des Habsbourg est assurée. Elle a quand
même eu cinq fils, même si il y en a un qui va mourir vers l’âge
de 15 ans. Elle montre donc la fécondité de la lignée masculine
mais évidemment encore plus féminine. C’était déjà pour elle
une condition du respect populaire, de l’empire. Et la deuxième
raison des avantages de ces maternités répétées, c’est qu’elle
s’en est beaucoup servie, pour faire une analogie : celle d’être
à l’égard du peuple la mère bienveillante de ses enfants. C’est
drôle de voir que c’est le contenu de son premier discours pu-
blic, juste après la mort de son père. Et elle aura pour objectif
constant de représenter cette figure. Cette image de la bonne
mère, c’est comme une sorte d’auto publicité formidable.
RDM : Ne voyez-vous là qu’une image ou concrètement
la souveraine se comporte t-elle comme une vraiemère ?
É. B. :
Marie-Thérèse a fait pour la première fois dans l’histoire
de l’Autriche, et presque dans celle de l’Europe, à ce niveau-là, la
démonstration d’une mère proche de ses enfants, qui les élève.
Elle se promène très souvent dans Vienne avec certains d’entre
eux. Ils sont autour d’elle, dans les jardins de Schönbrunn.
Quand elle travaille, ils peuvent venir dans son bureau. Ses
enfants, ils existent et ça ne se faisait pas du tout avant. On ne
trouve ça dans aucune autre cour. Bien sûr, elle ne s’en occupe
pas comme une mère d’aujourd’hui, dire cela ce serait idiot, ce
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