RDM MAG#7 - page 38

RDM Magazine
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N°7
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octobre 2017–mars 2018
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QUAND V I ENNE
F I T S ÉCE SS I ON
À l'aube du XX
e
siècle, la capitale autrichienne
devient un centre culturel majeur. Quatrième ville
d'Europe et véritable laboratoire créatif, Vienne
connaît une incroyable effervescence artistique.
Peinture, architecture, musique, littérature...
De nombreux artistes décident de rompre avec le
classicisme et se retrouvent dans la Sécession,
la version autrichienne de l’Art nouveau.
Par Florian Delisle
¬
L’ÂGE D’OR DE L’EMPIRE AUSTRO-HONGROIS
/
DOSSIER
«À
chaque âge son art, à chaque
art sa liberté. » Cette devise,
c’est celle du mouvement
fondé en 1897 par un groupe
d'artistes viennois en rupture
totale avec la conception aca-
démique qui prévalait jusqu’alors sur la scène artistique de
la capitale de l’immense empire austro-hongrois. Menés
par le peintre Gustav Klimt et l'architecte Josef Hoffmann,
tous se retrouvent dans ce qu'ils appellent
« l'Apocalypse
joyeuse »
et se donnent pour objectif de créer un art total, où
chacun se place sur un même plan d’égalité, à une époque
où la peinture occupe le premier rang. Dans
Ver Sacrum
(Printemps sacré)
, le premier numéro de la revue de l’associa-
tion, le critique littéraire Hermann Bahr précise :
« Notre art
n’est pas un combat des artistes modernes contre les anciens, mais
la promotion des arts contre les colporteurs qui se font passer pour
des artistes et qui ont un intérêt commercial à ne pas laisser l’art
s’épanouir. Le commerce ou l’art, tel est l’enjeu de notre Sécession.
Il ne s’agit pas d’un débat esthétique, mais d’une confrontation
entre deux états d’esprit. »
UN LIEU CONSACRÉ
Soutenu par les autorités, un terrain va être mis à la dispo-
sition du mouvement par la ville sur la Wienzeile près du
Naschmarkt où sera érigé un an après sa création un hall
d’exposition moderne de style Art nouveau. Un édifice qui
est aujourd’hui parmi les plus connus de la capitale autri-
chienne et qui abrite
La Frise Beethoven
.
Cette immense fresque murale réalisée par Klimt, figure de
proue de la Sécession, pour la toute première exposition de
l’association en 1902 dédiée au compositeur, exprime son
émotion à l’écoute de la
Neuvième symphonie
. Une œuvre
majeure de l’artiste où l’ornementation va prendre le dessus
sur le sujet – deux conceptions parallèles de la composition
pour deux arts différents. L’utilisation de l’or va préfigurer
son chef-d’œuvre
Le Baiser
qui le représente avec sa com-
pagne Emilie Flöge. Déjà à l’origine de plusieurs scandales,
cette frise sera une nouvelle fois l’objet de vives critiques au
nom de la morale. Comme souvent, la représentation crue
de corps nus non dénuée de charge sexuelle ne passe pas
auprès de la très conservative société viennoise.
UN PARFUM DE SCANDALE
Celui qui apparaît comme son héritier se montrera plus
sulfureux encore. Egon Schiele, l'artiste aux mains tordues,
sera même considéré comme un pornographe. Il finira en
prison pendant trois semaines, condamné pour distri-
bution de dessins immoraux. Sorti au cinéma en août, un
biopic retrace la vie de ce génie précoce, symbole de l’ar-
tiste maudit et révolté, mort à 28 ans, emporté par la grippe
espagnole, quelques mois seulement après la mort de son
ami et mentor. Malgré une carrière brève, il va laisser der-
rière lui une production importante composée de près de
Couverture de Ver Sacrum (Printemps sacré), n°01, janvier 1898, design de Alfred Roller
© PD-US
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