RDM MAG#7 - page 44

RDM Magazine
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N°7
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octobre 2017–mars 2018
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LE DANUBE FAIT SON CINÉMA
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DOSSIER
UN CINÉMA
FLEUVE
Par son ampleur et la diversité de ses paysages,
leDanube a toujours été un objet de désir
cinématographique. Sujet de nombreux
documentaires, vidéos pourmusées, reportages,
il est devenu un décor idéal pour le 7 
e
art.
Par Vincy Thomas
¬
D
epuis les origines du cinéma, le fleuve fascine.
L’Amazone, le Mékong, le Gange, le Mississipi
ou le Yang Tsé ont été régulièrement magnifiés
par le cinéma. Déjà les frères Lumière aimaient
filmer le Rhône, la Seine, mais aussi le Danube qu’on devine
lorsqu’ils tournent une séquence à Budapest pour
Pont sus-
pendu
en 1896. Jacques-Yves Cousteau consacra également
au Danube quatre films réalisés en 1992.
La plus belle scène où apparaît le Danube est sans aucun
doute dans
Le Regard d’Ulysse
(1995) du grec Theo Angelo-
poulos. En traversant les Balkans, le réalisateur, adepte de
plans séquences majestueux, traverse les frontières qui en-
travent les peuples. Ce film sur la mémoire et l’histoire se
sert du fleuve comme d’un espace où le cinéma prend toute
sa dimension. On le remarque avec cette sculpture géante de
Lénine embarquée sur une barge descendant un fleuve pa-
raissant gigantesque, devant des gens courant sur les rives
et, lors d’un travelling latéral, s’agenouillant et se signant
comme s’il s’agissait de la Vierge Marie. Tout un symbole
idéologique. Le Danube bleu s’est souvent peint de rouge,
comme la couleur politique des pays qui bordent ses rives.
Du
Troisième Homme
de Carol Reed à
Sissi
, le Danube est un
élément de décor qui identifie Vienne, un fleuve comme un
autre, aux allures de rivière : il n’est pas si large au niveau
de l’Autriche. C’est bien la géographie du Danube qui lui
confère son importance de fleuve. Plus il est puissant, plus il
est central dans un film. Dans
Les Valses du Danube
, film rou-
main de Liviu Ciulei (1960), le Danube occupe parfois tout
l’arrière-plan, et se confond avec un horizon infini. Il semble
paisible, comme un lac. Les protagonistes vivent sur une pé-
niche, puisant l’eau douce avec des seaux.
LE DELTA
Omniprésent, le Danube est un lieu de résidence, à la fois
nomade et sédentaire.
Codine
d’Henri Colpi (1963) repro-
duit une Roumanie rurale, presque médiévale. Le Danube
apparaît à la dixième minute. Nous sommes sur le Delta,
au début du XX
e
siècle. Les différentes ethnies cohabitent
dans un village misérable, où les sentiments passionnels
contrastent avec le relief plat, les berges désolées et la na-
ture reine. Lors d’une splendide scène où l’enfant et le mal-
frat voguent sur une barque, à la rame, au milieu des nénu-
phars, le Danube a des airs de bayou. Les arbres prennent
racine dans l’eau. C’est un décor fantasmagorique et une
vision rare du fleuve. Colpi lui donne des allures d’Éden.
Ce n’est pas le seul puisque le réalisateur hongrois Kornél
Mundruczó dans le bien nommé
Delta
(2008), nous perd
dans ce labyrinthe de voies navigables, d’îlots et de vé-
gétation luxuriante. La nature est un refuge, où les deux
personnages principaux construisent une maison sur pi-
lotis au milieu du fleuve, magnifié par une photographie
époustouflante. Le Danube comme paradis perdu, un re-
tour à l’état originel, où l’eau est sensuelle et onduleuse,
isolé d’un monde moraliste et ignare.
Codine
a une autre particularité. Le film est l’adaptation
d’un roman de l’écrivain roumain Panaït Istrati, vagabond
qui commença sa vie en travaillant sur des bateaux. Louis
Daquin, en 1958, réalise une transposition sur grand écran
de son chef-d’œuvre propagandiste
Les Chardons du Ba-
ragan
. Dans cette Roumanie paysanne, le fleuve apparaît
dans toute sa beauté, comme un miroir, au milieu de la
désolation et du désespoir des habitants. Secondaire ici, il
sert de repère, qu’on longe à cheval et en charrette. Un autre
roman de l’écrivain,
Kira Kiralina
, a été adapté par Ioan Gri-
gorescu et Dan Pita en 2014. Les forêts autour du fleuve y
accentuent l’onirisme du film.
FLEUVE MULTIPLE
Mór Jókai est l’autre romancier dont les œuvres ont été
souvent transposées sur grand écran, notamment avec
L’Homme en or
filmé en 1918 par Sandor Karda (qui n’est pas
encore l’Hollywoodien Alexandre Korda), en 1936 par Béla
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