RDM MAG#7 - page 45

octobre 2017–mars 2018
/
N°7
/
RDM Magazine
45
DOSSIER
/
LE DANUBE FAIT SON CINÉMA
Gaal et en 1962 par Viktor Gertler. La version de Gaal est
la plus connue. Dès le premier plan, nous sommes à flots
sur le fleuve. Nous contemplons, comme le capitaine de la
péniche, les rives douces de sa partie hongroise.
Voie de circulation, de migrations, paysages fertiles ou
inaccessibles, frontière naturelle ou disputée, le deuxième
fleuve le plus long d’Europe est une route en soi : Fatih Akin,
pour son deuxième film,
Julie en juillet
(2000), s’est d’ailleurs
servi de son itinéraire en filmant un « road trip » le long du
cours du Danube, tel un lien entre l’Europe centrale et le
Bosphore. On admire alors un fleuve bien différent de celui
des films roumains.
Mais le Danube, des Portes de Fer à son delta, bien plus va-
rié sur le sol roumain, a davantage été filmé dans sa partie
avale. Le Danube comme frontière dans
Un Été inoubliable
,
film entre Roumanie et Bulgarie de Lucian Pintilie (1994),
où dans les années 1920, le racisme entre ethnies et peuples
était palpable. Si l’on veut retrouver les impressionnantes
Portes de Fer, le court métrage
Calea Dunarii (Le Chemin
du Danube)
de Sabin Dorohoï (2013) expose les montagnes
enneigées, abruptes et le fleuve gris pâle, encastré dans un
cadre somptueux. Une longue séquence à l’école retient
l’attention : la maîtresse y fait un cours sur le rôle du fleuve
en Europe et en quoi sa nature change après avoir passé les
Portes de Fer.
D’une porte à l’autre, en 2014, Nicolae Margineanu filme
la tragique et longue histoire du canal Danube-mer Noire
dans
La Porte blanche
. Construit durant les 40 ans du règne
communiste, cet immense ouvrage de près de 100 km est
une succession d’horreurs humaines : on y envoyait les dis-
sidents du régime aux travaux forcés.
CADRE DRAMATIQUE
Le Danube « bleu » straussien est d’ailleurs une succes-
sion de « blues » au cinéma, et pas seulement dans sa par-
tie orientale. Près de sa source, Edgar Reitz (réalisateur de
la série
Heimat
) a reconstitué dans
Le Tailleur d’Ulm
(1979),
la tentative de vol d’Abrecht Berblinger, qui s’est achevée
de manière désastreuse dans un fleuve aux allures de ri-
vière champêtre. Raymond Bernard dans
Le Jugement de
Dieu
(1952) y « suicide » le prince Albert de Bavière. Si on
passe la frontière hongroise, Géza von Radvanyi filme ses
rives dans
Quelque part en Europe
(1947). Dans ce drame
avec une bande d’enfants orphelins à moitié sauvages,
en 1944, ce sont les paysages en ruines entre Bratislava et
Budapest, où une forteresse sert de refuge, qui marquent
nos esprits.
Cependant, le Danube peut aussi rimer à l’écran avec une
issue heureuse, comme dans
Underground
(Palme d’or en
1995). Emir Kusturica filme le chaos des Balkans, depuis
l’implosion de la Yougoslavie. Dans un épilogue burlesque
et surréaliste, il nous plonge dans un fleuve vaseux et opa-
que, avant que vaches, orchestre et mariés ne festoient sur
ses berges, à l’écart de la fureur du monde. Dans
Viennoises
– cri d’amour
de Kurt Steinwendner (1952), le fleuve sert de
sortie de secours à trois marginaux qui fuient Vienne en
croisière fluviale.
Le Danube reste insaisissable. Personnage changeant,
du torrent montagnard allemand au nonchalant géant
roumain, indomptable et domestique. Dans
Les Bateliers
du Danube
(1940), Robert A. Stemmle vogue tout au long
de l’axe fluvial en partant de Vienne. Chaque escale, de
Budapest à Sulina, au bord de la mer Noire, révèle la mo-
saïque de peuples qui s’ancrent sur ses rivages. Il s’agit
presque d’une carte postale d’un empire austro-hongrois
recomposé. Le Serbe Goran Rebic propose quant à lui
une sublime allégorie, de Vienne à son embouchure avec
un vieux bateau effectuant son dernier voyage :
Donau,
Dunaj, Duna, Dunav, Dunarea
. Autant de noms pour un
fleuve unique.
RdM
1...,35,36,37,38,39,40,41,42,43,44 46,47,48,49,50,51,52,53,54,55,...108
Powered by FlippingBook