RDM MAG#7 - page 46

RDM Magazine
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N°7
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octobre 2017–mars 2018
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TOUS LES F I LMS MÈNENT
AUX ROMS
Tsiganes, Gitans, Manouches, Roms, Yeniches, présents dans le vaste espace danubien ont toujours
eu leur place au grand écran, et ce dès les années 1900. Souvent, cette représentation a accentué les
stéréotypes, nourris par une imagerie fantaisiste, entre nomades et marginaux.
Par Vincy Thomas
¬
I
l a fallu attendre longtemps pour voir des Roms
représentés avec plus de justesse au cinéma,
loin des fantasmes d’un monde perdu, empli
de musique, de danse, de poésie, de liberté et
de passions ou ceux d’un peuple intrigant et
inspirant la méfiance. De
Carmen
aux adap-
tations de Shakespeare, en passant par
Notre-
Dame de Paris
, la Gitane et les Roms étaient
toujours dépeints ainsi. Le cinéma populaire et grand pu-
blic continue d’ailleurs de véhiculer des préjugés racistes, à
l’instar de la récente comédie française
À Bras ouverts
. Delon,
Dietrich, Lollobrigida, Cardinale ou récemment la suédoise
Noomi Rapace ont ainsi incarné des « Gitans » qui corres-
pondaient à cette image « occidentale ».
Pourtant, le cinéma sur les Roms ne peut pas se résumer à
ces quelques titres connus de tous. En 1938, Emile-E. Reinert
et Alfred Rode ont réalisé
Le Danube bleu
, dont l’action se dé-
roule dans un camp de Tsiganes puis à Budapest. Un mélo
passionnel, où les protagonistes optent pour leur liberté plu-
tôt que pour un embourgeoisement. C’est l’un des premiers
films où tout le récit se concentre sur cette communauté.
Grâce au cinéaste yougoslave Aleksandar Petrovic avec
J’ai
même rencontré des Tsiganes heureux
(1967), le peuple Rom a
enfin une représentation réelle sur le grand écran. Le film
se focalise sur les Tsiganes de Voïvodine, région irriguée par
le Danube, avec des Roms comme acteurs et figurants. Le
cinéma d’Europe centrale poursuit cette voie, notamment
avec
Rosy Dreams
, film tchèque de Dusan Hanak (1977) et le
russe
Le Tsigane
d’Alexandre Blank (1979). À partir des années
1980 et 90, grâce à Emir Kusturica et Toni Gatlif, le cinéma
se voudra plus humaniste et plus réaliste.
Entre empathie et misérabilisme, défi à l’intolérance et com-
passion, les récits sont passés d’un peuple menaçant à une
communauté victime. Si ces persécutés sont encore peu
présents dans des films historiques, y compris sur la Shoah
(même si
Train de vie
de Radu Mihaileanu évoque le destin
commun des juifs et des Roms), les choses évoluent. Avec
Aferim !
(2015), Radu Jude éclaire leur passé d’esclaves en Rou-
manie, voulant provoquer une réflexion sur un sujet tabou
dans le pays. Deux ans avant, le Hongrois Bence Fliegauf,
avec
Just the Wind
, filmait la tragédie qui frappe les Roms en
Hongrie. Inspiré de faits réels – une série d'actes de violence
et d’assassinats racistes commis contre les Roms en 2008
et 2009 – il y dévoile toute l’hostilité des Hongrois à l’égard
d’un peuple opprimé depuis des siècles.
RdM
LE DANUBE FAIT SON CINÉMA
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DOSSIER
J'ai même rencontré des Tsiganes heureux © Malavida films
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