RDM MAG#7 - page 47

octobre 2017–mars 2018
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N°7
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RDM Magazine
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UN CINÉMA SOUS L A COUPE
DES CISE AUX
Lorsqu’on évoque le cinéma d’Europe centrale et de l’Est, l’ombre de la censure plane sur son histoire.
Depuis ses origines jusqu’à la période communiste, le 7 
e
art a dû composer avec des États plus oumoins
interventionnistes.
Par Vincy Thomas
¬
C
ette histoire de la censure re-
monte aux origines du 7 
e
art
puisqu’en 1910 déjà, l’Autriche
interdisait aux enfants d’assister
aux projections et les acteurs du
Burgtheater, le théâtre impérial,
avaient interdiction de jouer pour
le cinéma. La censure politique a
prospéré après la Seconde Guerre mondiale quand la plu-
part des pays ont basculé dans le bloc soviétique.
Certes, la Yougoslavie s’est singularisée. Sous la présidence
de Tito, qui revendiquait une position de pays non-alignés,
le cinéma a prospéré dès 1945. Les studios Avala Filmétaient
même convoités par Hollywood. Tito, grand cinéphile, se
servait de l’industrie cinématographique pour diffuser sa
propagande. Il avait un droit de regard, parfois fatal, sur les
productions, qui devaient servir la révolution et le triomphe
des communistes. Mais son positionnement géopolitique a
permis au cinéma de transgresser les récits qu’on lui impo-
sait. Dès les années 1960, les cinéastes se sont émancipés
du pouvoir en le critiquant. Cette « parenthèse enchantée »
s’interrompt dans les années 1970. Les cinéastes sont alors
sommés d’obéir ou de s’exiler.
Plus à l’est des Balkans, la Bulgarie et la Roumanie se sou-
mettent aux dogmes communistes : nationalisation de
l’industrie, construction de studios, production de films
de propagande, entre patriotisme et espoir d’un monde
meilleur, révisionnisme… En Roumanie, la centralisation
est poussée à l’extrême : chaque étape d’un film passe de-
vant un conseil où interviennent des officiels n’ayant aucun
lien avec le 7 
e
art. Le comité central du parti peut, in fine,
décider de l’exploitation d’un film qui avait passé tous les
filtres. Les cinéastes ne prennent plus aucun risque jusqu’à
la chute de Ceaucescu en 1991.
La Hongrie, qui fut le premier pays au monde à avoir natio-
nalisé son cinéma en 1919 avait connu une censure moins
pinailleuse malgré un État interventionniste. Mais le ci-
néma hongrois subit aujourd’hui la politique nationaliste
du premier ministre Viktor Orban. Ce dernier a décidé de
le reprendre en main en nommant lui-même le commis-
saire du gouvernement chargé du cinéma, qui a le droit de
contrôler le montage d’un film s’il est subventionné par
l’État. Ce diktat s’ajoute à une autre forme de censure, plus
invisible, qui va toucher tous ces pays : la domination hol-
lywoodienne. Le cinéaste hongrois Béla Tarr évoque cette
censure du marché. Il reprend l’image de Jean Ferrat qui
renvoyait dos à dos la
« jungle »
capitaliste et le
« zoo »
du so-
cialisme soviétique.
RdM
DOSSIER
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LE DANUBE FAIT SON CINÉMA
La censure
politique a
prospéré après la
Seconde Guerre
mondiale quand
la plupart des
pays ont basculé
dans le bloc
soviétique
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