RDM MAG#7 - page 48

RDM Magazine
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N°7
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octobre 2017–mars 2018
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LE DANUBE FAIT SON CINÉMA
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DOSSIER
JOYEUSES FÊ T ES
Dans notre imaginaire occidental contemporain,
le cinéma des Balkans semble résonner aux sons
des musiques folkloriques. Les films d’Emir
Kusturica et de Tony Gatlif ont contribué,
légitimement et joyeusement, à ce « cliché »,
enmontrant des scènes de mariage ou de fêtes
populaires emportées par les fanfares tsiganes.
Par Vincy Thomas
¬
D
e la Roumanie à la Hongrie en passant
par l’ancienne Yougoslavie, la culture
gitane a fourni un apport considérable
au cinéma, grâce notamment à sa mu-
sique. Influents par leurs migrations,
leurs contacts avec d’autres cultures
européennes, les Tsiganes ont inspiré le flamenco espa-
gnol, ont sublimé les folklores slaves, ont communié avec
les mélopées yiddish et ont su épouser les rythmes d’ail-
leurs comme le jazz (le récent
Django
en est l’exemple le plus
notable).
L A DANSE ET L A NOCE
On ne compte plus le nombre de films produits là-bas ou
ailleurs qui mettent en valeur cette culture festive. La noce
est toujours un bon prétexte et reflète au passage des cou-
tumes locales (tout en n’offensant pas la censure quand ces
pays étaient communistes). Ainsi, dans
Un Petit carrousel de
fête
, du Hongrois Zoltan Fabri (1955), l’héroïne, lors du ma-
riage d’une amie, profite d’un czardas endiablé, une danse
locale, avec celui qu’elle convoite pour provoquer celui
qu’elle doit épouser malgré elle. Cette séquence n’est pas
sans rappeler certaines scènes équivalentes dans le ciné-
ma d’Abdellatif Kechiche : interminable et folle. On frôle la
transe, qui traduit la force d’un amour consenti, plus fort
qu’une alliance arrangée. De la même manière, dans
Kira
Kiralina
, de Ioan Grigorescu et Dan Pita (2014), l’héroïne
tourne sur elle-même durant une scène où l’enchanteresse
ensorcelle son public. Et dans
Les Chardons du Baragan
, de
Louis Daquin (1958), le village forme une farandole endia-
blée et s’amuse en cercle. De son côté, Théo Angelopou-
los fait aussi valser ses acteurs, mais cette fois-ci ce sont
des aristocrates durant une soirée de nouvel an (
Le Regard
d’Ulysse
, 1995).
LES TSIGANES ENTRENT EN SCÈNE
Le plus frappant est la prégnance de la culture et des rites
gitans dans le cinéma, y compris dans des territoires où ils
sont régulièrement discriminés et victimes de préjugés. Ain-
si, dans
Le Danube bleu
(1938), leur don pour le spectacle est
mis en lumière quand un groupe joue avec succès dans un
théâtre de Budapest. Pourtant 28000 Roms périront dans
les années qui suivent durant la Seconde Guerre mondiale.
Le cinéaste yougoslave Aleksandar Petrovic, avec
J’ai même
rencontré des Tsiganes heureux
, Grand prix du jury à Cannes
(1967), est l’un des premiers à filmer les Roms de manière
réaliste. Leur musique est jouée en prises directes avec des
instruments traditionnels. Neuf ans plus tard, le Russe Emil
Loteanu va offrir aux Gitans leur premier grand film popu-
laire, une fresque romanesque,
Les Tsiganes montent au ciel
. La
fête prend des allures d’opéra avec ses danses, sa musique,
ses ballets et ses chœurs. La fête encore, comme pour affir-
mer sa liberté dans un monde opprimé et pour conjurer la
violence de l’existence.
Le plus
frappant est
la prégnance
de la culture
et des rites
gitans dans
le cinéma
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