RDM MAG#7 - page 56

RDM Magazine
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N°7
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octobre 2017–mars 2018
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NATASA
& SRECKO,
LES ENGAGÉS
D
e l’autre côté des Portes de Fer, en Ser-
bie, le premier village transfrontalier
où passent et parfois s’arrêtent les ba-
teaux, Donji Milanovac, est dirigé par
une paire détonante. Natasa, numé-
ro 2 du conseil, embrasse de manière
effusive, à l’italienne. Et Srecko, député-maire, emploie le
baise-main. En enchaînant les cigarettes au-dessus d’un
cendrier enroulé d’un (faux) billet de 500 euros, elle ne
verse pas dans le politiquement correct.
« Le Danube ? Ça
rend un peu dépressif, j’imagine qu’il y a beaucoup d’hôpitaux
psychiatriques sur les gros fleuves. Moi j’aime l’action ! C’est tel-
lement lent un fleuve ! De toute façon, je ne sais pas nager et je n’ai
pas trouvé d’instructeur sur les 2000 habitants. Je peux pêcher
deux minutes seulement, mais j’imagine qu’à partir d’un certain
âge c’est intéressant »
, s’exclame-t-elle en mimant des vagues
déchaînées.
Pourquoi rester alors ?
« Pour faire quelque chose de grand !
Pour les jeunes ! Des réformes ! J’ai parlé d’une boite de nuit à Srec-
ko, il a dit non. Il préfère des projets plus standards mais je ne suis
pas fan du standard. Je rêve que ce village devienne Ibiza, avec des
DJs ou alors du tourisme naturiste, avec des chevaux aussi, c’est ça
la liberté ! »
« Bato ! »
, s’exclame-t-elle encore, (mon frère, en serbe), à
l’adresse de Srecko, qui arrive, élégant, arborant une cra-
vate retenue par une pince en forme de gouvernail. La li-
berté, il en parle aussi. «
C’est ce que ressentent les touristes dans
notre village, c’est leur arrêt vert, sans bâtiments, ni guide telle-
ment c’est petit, ils sont libres d’aller et venir le long du fleuve. »
Capitaine de bateaux de croisière pendant 20 ans, Srecko a
utilisé ses contacts pour « vendre » son village et apporter
un moteur économique – le tourisme – à une région où ils
ne sont pas légions.
L A SURVIE PAR LE TOURISME
« Les bateaux doivent s’arrêter pour la révision des papiers dans
tous les cas, comme nous ne sommes pas dans l’Union européenne
mais tout cela va changer d’ici quelques années, il faut penser au
futur. »
Le maire mise tout sur le musée. Une grande ver-
rière dans la forêt abrite un site archéologique, celui des
premières huttes où des Européens se sont sédentarisés
entre 9500 et 7000 ans avant l’ère chrétienne. Les pre-
mières traces de sédentarisation humaine correspondent
au début du néolithique (environ 9000 ans avant J.-C.)
mais dans des régions comme la Mésopotamie, en dehors
de l’Europe. Le site a donc une valeur exceptionnelle qu’a
bien comprise Srecko : il permet de comprendre la tran-
sition entre la vie de chasseur-cueilleur et celle du séden-
taire.
« La première fois qu’un homme a habité dans une hutte en
Europe, c’était sans doute ici, sur la rive du Danube ! »
Une grande partie du village originel est sous les eaux
du fleuve, suite à la construction de l’ouvrage hydrau-
lique menée d’une main de fer par Tito et Ceausescu. Les
usines ouvertes par les deux hommes pour que la mesure
PORTRAITS AU FIL DU DANUBE
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DOSSIER
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