RDM MAG#7 - page 78

78
RDM Magazine
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N°7
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octobre 2017 -mars 2018
PORTRAIT DE CHEF
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EN VRAC
© DR
Rien ne prédestinait ce jeune chef d’origine
normande à s’installer en Roumanie. Et
pourtant depuis plus de dix ans, Samuel Le
Torriellec enchante les papilles des convives
du restaurant L’Atelier de l’hôtel Époque, au
cœur du Bucarest aristocratique. Portrait.
Par Chrystèle Mollon
¬
PORTR A I T DE CHEF :
SAMUEL LE TORRIEL LEC
L’Atelier
Hôtel Époque
17c intrarea Aurora – Bucarest
C
et adepte des sports extrêmes vient de
participer à l’édition roumaine de
Fort
Boyard
. Pour la bonne cause, il a exhi-
bé aux téléspectateurs ses muscles et
ses tatouages. Ce n’est pas sa première
expérience télévisuelle dans son pays
d’adoption, puisqu’il participe depuis cette année à
Mas-
terchef
. Un rôle de juré qu’il prend très au sérieux, tant sa
volonté de transmettre transpire dans sa conception du
métier de chef.
Une passion pour la cuisine qui lui vient de son enfance
normande à observer ses grands-parents cuisiner. De là
naissent sa gourmandise et son amour des bons produits.
Tout naturellement, l’adolescent s’oriente vers une école
hôtelière. Puis, il a la chance de suivre en voyage son père,
officier de la marine nationale. L’occasion de former son
goût au gré des découvertes géographiques et culinaires
et d’exercer son ouverture d’esprit. Le jeune cuisiner
enchaîne les stages et les premiers contrats, apprend les
techniques et l’art de respecter le produit sous la direc-
tion de grands chefs comme Manuel Martinez à la Tour
d’argent, ou ses guides toujours étoilés du Fouquet’s,
du Café Vendôme, de l’Hôtel Meurice ou du restaurant
Prunier.
Jusqu’au jour où le maître d’hôtel roumain du restau-
rant dans lequel il travaille lui propose d’aller passer un
week-end en Roumanie pour « s’amuser ». Il n’en repartira
jamais. Rien ne le retient en France, puisque l’établisse-
ment dans lequel il travaille doit fermer. Des rencontres
(dont sa femme) et des projets le font s’établir peu à peu
dans ce pays et cette nouvelle vie est-européenne. Il lui
a pourtant fallu s’adapter : peu de traditions gastrono-
miques, une cuisine familiale pas toujours très raffinée
ni équilibrée notamment par manque de moyens. Mais
un pays riche de valeurs et respectueux de ses traditions
qui le séduisent. Comme ces grandes tablées familiales
du week-end au restaurant, où l’on aime passer du temps
et partager – mot-clé de la conception de la cuisine pour
Samuel. Peu à peu, il apprend à connaître les produits
locaux : le cochon, dont la viande est très appréciée, des
melons, «
la meilleure tomate du monde
», des légumes du
primeur, des poissons différents de ceux qu’on trouve en
France mais tout aussi intéressants. Le chef n’aime rien
tant que mettre le produit en valeur, combiner technique
française et saveurs italiennes, grecques, libanaises,
turques et roumaines, faire plaisir aux clients, et que son
équipe se sente bien. Ce qui ne l’empêche pas de mitonner
de temps en temps avec nostalgie et gourmandise la poule
au pot de son enfance, avec cette odeur de volaille, de poi-
reau et de crème grasse qui vous caresse la gorge.
Son seul regret : que la Roumanie, malgré la richesse de
ses produits, soit encore un pays qui se cherche en ma-
tière de gastronomie. Et qu’il n’y ait pas de formation
pour les jeunes qui voudraient se lancer dans ce métier.
D’où sa participation à cette émission de télévision,
Mas-
terchef
, qui lui permet de populariser les arts culinaires et
de transmettre son savoir-faire et son goût des bonnes
choses. C’est le sens aussi de l’association qu’il a créée
pour venir en aide aux enfants en difficultés. Il rêve enfin
d’ouvrir un jour une école de cuisine. Et un restaurant sur
la plage. Et de s’offrir une Porsche aussi. «
Après tout, il faut
que le travail paie
», lance-t-il dans un éclat de rire.
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