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008

N° 1 / 2015

Je l’avoue, je n’ai jamais aimé les dauphins. Ils m’ont toujours renvoyé l’image un peu

gnangnan du gentil animal qu’on trouve sur les posters des chambres d’adolescents à

côté des poneys, ou pire encore, sur les carrelages de salles de bains des années 80. Oui

mais ça, c’était avant ! Avant de connaître le dauphin de l’Irrawaddy. Ce dauphin-là, il

est spécial. Il ne ressemble… à rien ! Pour le corps, passe encore : une nageoire sur le dos,

une sur chaque côté, il est certes un peu moins svelte et gracieux que son cousin, mais

si vous l’apercevez dans l’eau, vous n’y verrez que du feu. En revanche, s’il daigne vous

montrer autre chose que son postérieur, aucune chance de le confondre avec Flipper.

Sa tête ressemble à celle d’un beluga, ronde, énorme, sans bec, une bouche irrégulière

telle une cicatrice, des yeux minuscules, bref, vous l’aurez compris, ce dauphin-là n’est

pas très beau. Et pourtant… Peut-être parce qu’il n’est pas donné à tout le monde de le

rencontrer un jour, peut-être parce que je sais qu’il est amené à disparaître, victime des

filets de pêche, de la pollution et j’en passe, toujours est-il que ce dauphin moche, moi je

le trouve touchant. Et qui sait, peut-être qu’un jour, il se retrouvera sur le carrelage de ma

salle de bains.

RdM

Les rizières inondées des berges duMékong. Des tra-

vailleurs affairés, le dos courbé sous leur chapeau de

jonc tressé. La belle image de catalogue que voilà. Au

moins autant que le petit Français la baguette sous le

bras et le béret vissé sur la tête.

Ce qui frappe certainement le plus le visiteur occi-

dental en goguette dans les contrées asiatiques, ce

n’est pas tant la jolie carte postale que l’étrangeté

du rapport à l’autre. On dépeint souvent la culture

occidentale comme individualiste, là où, à l’inverse,

les civilisations asiatiques nous surprennent par leur

dimension collectiviste. Et s’il y avait un lien entre

cette photo de carte postale et la nature si différente

de nos deux types de sociétés ? Si ces différences re-

montaient à notre lien ancestral à l’agriculture ?

Ce sont les conclusions d’une étude menée par un

chercheur de l’université de Virginie, aux États-Unis,

dont le postulat est le suivant : c’est la culture des

céréales qui a déterminé, il y a fort longtemps, notre

mode de rapport à l’autre.

En effet, en Occident, la principale céréale cultivée

est le blé. En Asie, c’est le riz. Et ce, depuis le Néo-

lithique, c’est-à-dire il y a un peu plus de 10000 ans,

quand les humains ont commencé à se sédentariser.

Dans son étude, ce chercheur compare les deux

types de culture : la riziculture inondée demande

une grande coopération entre les agriculteurs. L’eau

doit circuler entre les parcelles, d’amont en aval, et

il faut collaborer si l’on veut éviter que la parcelle du

voisin soit drainée ou noyée. Pour le blé, en revanche,

la traction par des bêtes a rendu la culture aisée, sans

véritable nécessité de coopération.

Pour éprouver cette hypothèse, ce chercheur a fait

passer un certain nombre de tests à des populations

chinoises vivant dans des régions qui cultivent soit le

blé, soit le riz.

Par exemple, au test des cercles, où il s’agit pour les

sujets de se représenter eux et leurs réseaux d’amis

par des cercles reliés les uns aux autres, dans les ré-

gions à culture de blé, le cercle par lequel les sujets se

représentent eux-mêmes est plus grand de plusieurs

millimètres par rapport aux autres cercles, tandis

que dans les régions rizicoles, le cercle est de même

taille, voire légèrement plus petit.

Même constat sur les statistiques du divorce, un des

marqueurs associés à l’individualisme. Le nombre

de divorces est inférieur de moitié dans les régions

rizicoles que dans celles où le blé est la culture do-

minante.

Reste bien sûr à interroger les autres sociétés, afri-

caines et sud-américaines, qui se caractérisaient

respectivement par les cultures du millet et du maïs.

Le millet, avec un rendement faible, rendait la coo-

pération plus nécessaire que le maïs. On peut donc

avancer l’hypothèse que les sociétés africaines se

sont structurées de manière plus collaborative, au

sein des villages, que les sud-américaines.

Quant au petit Français avec sa baguette et son bé-

ret, il est tout seul sur la carte postale. Contraire-

ment aux ouvriers des rizières... Les vieilles habitu-

des ont la vie dure.

RdM

Mon voisin,

sa parcelle et moi

Texte Marie Domper ¬

Texte Nicolas Martin ¬

Flippant Flipper