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EMBARQUEZ

091

N° 1 / 2015

Comment se passe

votre travail de guide ?

Quand on part en croisière, on part quinze

jours minimum. Ce qui me plait surtout, c’est

de partager la connaissance. Je rencontre

des gens de tous horizons et de tous les

pays, ce qui me permet de connaître pas mal

de coutumes.

En général, la période des croisières s’étend

entre novembre et avril. Et de mai à sep-

tembre, je retourne dans mon village pour

mes projets.

Quels sont ces projets ?

Depuis l’an dernier, à côté de Mandalay, nous

avons acheté avec mon mari un grand jardin

pour planter des bananes et du thanaka,

cultiver un potager, afin de donner du travail

aux villageois. Comme il est très difficile pour

eux de trouver un travail, nous avons décidé

de les aider. Personnellement, je n’aime pas

habiter à Rangoun. Peut-être parce que je

suis née à côté du lac Inle ! Nous avons éga-

lement ouvert une petite école où mon mari

enseigne l’anglais. Les Birmans apprennent

cette langue à l’école mais n’osent pas la

parler à cause de leur accent. Nous leur per-

mettons de s’exercer à l’oral. L’anglais est

une langue qui est capitale, notamment pour

le développement du pays dont le tourisme

est l’un des axes prioritaires depuis ces der-

nières années mais aussi pour la population.

Quels sont vos rapports

avec les croisiéristes ?

Chaque voyage apporte son lot de ren-

contres uniques et intéressantes. D’ailleurs,

je garde le contact avec certains voyageurs.

Il se tisse parfois des relations particu-

lières et fortes. Peut-être parce que j’essaie

de répondre à leur curiosité et leur soif de

connaissance. Il m’arrive parfois de leur pro-

poser de visiter des artisans par exemple. En

2007, j’ai voyagé avec un groupe niçois avec

qui j’ai gardé contact jusqu’à maintenant.

Y a-t-il encore une censure

en Birmanie pour les guides

touristiques ?

Aujourd’hui non. J’ai commencé après l’ou-

verture politique et de toutes façons, je suis

assez libre de ce que je dis. Je suis quelqu’un

de libre. Je dis toujours ce que je pense.

Un mot sur Rivages du monde ?

Oui. C’est le voyage de luxe, sur un bateau

somptueux.

Nang, parlez-nous

de votre parcours...

J’ai 38 ans. J’ai commencé à travailler dans

une agence de voyages en 1996. Mais

j’adore étudier ! Alors en 2007, j’ai changé de

métier et suivi une formation de guide pour

me laisser du temps libre pour apprendre

une langue étrangère, autre que l’anglais.

Je me suis mise à l’espagnol. Impossible de

rouler les « r » !

C’est pour cette raison que

vous avez appris le français ?

En fait je voulais apprendre avec des gens

du pays. Or en Birmanie, seul le français

est enseigné par des professeurs venus de

France. Les cours sont donnés par l’Institut

français de Rangoun où j’ai étudié pendant

quatre ans. Cette langue m’a beaucoup plu

et j’ai lu énormément de livres disponibles à

l’ambassade de France. C’est vraiment une

belle langue.

Vous avez étudié à Toulouse,

racontez-nous cette expérience.

C’était une expérience merveilleuse ! J’y

suis restée trois ans. Je voulais voir la vraie

vie des Français. J’habitais chez une famille

d’accueil, dans leur appartement à Toulouse.

J’ai rencontré des étudiants étrangers dont

beaucoup ont choisi de ne pas rentrer dans

leur pays. Moi j’ai toujours eu le projet de re-

venir en Birmanie dans ma famille.

Vous avez connu une époque

mouvementée…

C’est certain. En 1988, j’étudiais la physique

nucléaire à l’université de Rangoun. En Bir-

manie, on n’a pas de centrale ! Passons…

Cette année-là, la ville a connu une révolte

étudiante. L’université a fermé pendant quatre

ans ! Du coup, j’ai travaillé pendant dix ans.

En 1998, quand j’ai commencé à apprendre

le français, d’abord à l’université des langues

étrangères, une nouvelle révolte étudiante a

eu lieu. Encore une fermeture de l’université !

C’est pour cette raison que j’ai étudié à l’Ins-

titut français.

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